Coco n’est pas zinzin

(c) Nathan

J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… C’est le cas de Colette, dite Coco. Depuis quelques temps, tout ne tourne plus très rond : elle égare ses lunettes, sort avec une tong et une bottine dans le jardin pour arroser ses pivoines sous la pluie, trempe un sachet de thé dans son café et mélange les mots comme les saisons. Souvent, son regard triste se perd dans le lointain…

Son comportement un brin chaotique inquiète ceux qui vivent à ses côtés, ses fidèles animaux de compagnie : Ortie la torture, Cubitus le cocker, Cajou le cacatoès et Van Gogh le chat de gouttière à l’oreille coupée. Mais voilà que Théo, le neveu de Colette, trouve que sa tante ne peut plus vivre seule et pense à la placer d’urgence dans une maison de retraite spécialisée.

Mais si Colette semble vulnérable, elle n’est pas seule ! Branle bas de combat, les animaux décident de contre-attaquer car pour eux, Colette a besoin de rester dans son univers, son petit bout de paradis, entourée de ses habitudes et de ses compagnons à poils et à plumes. Il faut vite trouver une solution pour rester tous ensemble ! 

Ce roman accessible aux jeunes lecteurs parle avec tendresse et sensibilité de la perte de repères des personnes touchées par la maladie d’Alzheimer. Un sujet grave, trop peu traité semble-t-il en littérature jeunesse, et qui tient particulièrement à coeur de la tricoteuse de mots doux, Mymi Doinet.

Depuis cet hiver,
c’est bizarre, 
Coco fait tout à l’envers.

 

 

 

 

 

 

Comme dans son précédent roman Un piano pour Pavel, on retrouve cette structure narrative originale selon laquelle chaque chapitre est raconté du point de vue d’un narrateur différent, ici les animaux vivant autour de Colette.

 

Chacun des narrateurs dévoile au fur et à mesure des moments du quotidien troublé de Colette, souvent perdue dans sa grande maison, et chacun avec sa « voix ». Ortie parle en rimes, Cajou commence ses phrases par un son, une onomatopée : un moyen ingénieux de jouer avec langue et de proposer au jeune lecteur un univers bien identifiable à chaque personnage. Coup de coeur pour cette habile Ariane et son fil suspendu au-dessus de la vie de Colette…

Et c’est aussi, un joli hommage aux Dialogues de Bêtes de Colette 😉 

Flip, flop ! Goutte de pluie, goutte de larme, ça coule du coin des yeux de Colette.

Le récit est véritablement émouvant car teinté de réalité mais tout en pudeur. Si certes, Mymi Doinet ne retrace pas l’histoire exacte de son père, le témoignage reste bouleversant tout en restant empli d’espoirs. C’est une invitation au dialogue, à libérer la parole sur ce sujet délicat avec les plus jeunes aussi concernés par la perte de mémoire qui peut toucher un de leurs proches.

« Parce que nous avons toutes et tous dans notre entourage de loin ou de près quelqu’un qui perd la mémoire, parce que mon père ne me reconnaît plus, parce que ça m’insupporte quand on traite les personnes Alzheimer de folles, parce que j’aime marier les mots en toutes circonstances, j’ai écrit ce livre. » Mymi Doinet
L’univers graphique de Nicolas Trève est en parfaite harmonie avec la douceur du récit, les couleurs sont lumineuses et apportent beaucoup de chaleur au petit monde éparpillé de Colette. Les illustrations au trait d’encre noir donne du contraste à la palette acidulée des couleurs. Coup de coeur particulier pour Cajou et Cubitus, les deux complices bienveillants, très attachants.
 
On ressort de cette lecture avec beaucoup d’optimisme malgré la gravité de la réalité de cette fichue maladie. On dit que les livres soignent, celui-ci est écrit à coeur ouvert, ce qui le rend irrémédiablement touchant.
 
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Autrice : Mymi DOINET
Illustrateur : Nicolas TRÈVE 
Edition : Nathan – Collection premiers romans – 48 pages – 6,20 euros
Année : Mars 2019
 

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c) M. DOINET

 

INTERVIEW :
Mymi Doinet nous parle de ses livres d’enfance

Cliquez ici

 

 


   tour eiffel ailesanouk benjo chaperonNathan (c)


De la même autrice (sélection) chez Nathan (bibliographie sélective) : 
Un piano pour Pavel illustré par Amandine Laprun (chroniqué ici
– La collection Les Copains du CP illustrée par Nathalie Choux
– La série Les animaux de Lou et Les Docs de Lou illustrés Mélanie Allag (chroniqué ici)
– La série Les aventures d’Anouk et Benji illustrée par Glen Chaperon (chroniqué ici)
– La collection La Tour Eiffel illustrée par Mélanie Roubineau (chroniqué ici)
Pas touche à Charly ! illustré par Glen Chaperon
Sauve qui pou avec Gaétan Doremus 
Vive la pluie illustré par Marc Boutavant (chroniqué ici)

Chez Rageot :
Tu cherches l’embrouille, Nina Panzanouille ! (chroniqué ici)

Du même illustrateur : 
Bricabrac et Suilevent chez Milan
Bouh! Aaaaaah ! iiiiiiih ! Toutes les questions que tu te poses sur la peur avec Delphine Godard et Nathalie Weil chez Nathan
La fille au corbeau chez 
Quelle drôle de maison et L’âne qui voulait chanter au Père Castor
– La série Filles de Foot chez Hâtier Jeunesse
La vie cachée des émotions des grands chez Hâtier Jeunesse

 

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