Le discours

(c) Gallimard

Sygne, une collection pour les voix neuves ? Et bien, c’est réussi ! 

Alors, attention, ce livre risque de vous faire cracher votre thé, café, bière, verre de vin ou tisane dès les premières pages. Ne lisez pas la bouche pleine de liquide en face de quelqu’un car l’éclat de rire vous attend au tournant d’une page et cela risquerait de vous placer dans une situation délicate envers votre voisin (on vous aura prévenu). 

Adrien, la quarantaine désabusée, est en proie au désespoir car Sonia n’a pas répondu à son message de 17h24…

Et là, c’est le drame, la chute dans un trou sans fin, dans les limbes de la presque folie, dans la perte des repères les plus stables…

Faut-il écrire un 2e message ? Faut-il faire semblant de s’intéresser à ce gratin dauphinois qui vient d’arriver sur la table du dîner familial ? Comment écrire ce discours de mariage demandé par son beau-frère alors que Sonia ne répond toujours pas ?

La vie d’Adrien se met en pause forcée, entre parenthèses, et son cerveau part en live complet dans un monologue intérieur complètement barré, absurde, désopilant mais tellement touchant. Une divagation qui n’en finit par de digresser souvenirs après souvenirs, association d’idée après association d’idée. Un porte-serviette vous tape dans l’oeil et c’est parti pour un retour en enfance complètement déjanté ! 

Ah mais ouais ça réveille les zygomatiques grave quand même !

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Charlotte

« Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe. »

Un incipit qui se place là. Et qui donne le rythme de la lecture, en recherche permanente d’air tant le sujet vous étrangle et vous asphyxie dès la première page.

« David Foenkinos retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin, Charlotte est exclue par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Elle y entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» »

Un livre fondateur pour l’auteur qui a mis 8 ans à coucher sur le papier les mots pour rendre hommage à la vie tragique de cette artiste peintre sacrifiée.

Un roman en vers libres où sa passion et son admiration est palpable à chaque ligne.

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Coco n’est pas zinzin

(c) Nathan

J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… C’est le cas de Colette, dite Coco. Depuis quelques temps, tout ne tourne plus très rond : elle égare ses lunettes, sort avec une tong et une bottine dans le jardin pour arroser ses pivoines sous la pluie, trempe un sachet de thé dans son café et mélange les mots comme les saisons. Souvent, son regard triste se perd dans le lointain…

Son comportement un brin chaotique inquiète ceux qui vivent à ses côtés, ses fidèles animaux de compagnie : Ortie la torture, Cubitus le cocker, Cajou le cacatoès et Van Gogh le chat de gouttière à l’oreille coupée. Mais voilà que Théo, le neveu de Colette, trouve que sa tante ne peut plus vivre seule et pense à la placer d’urgence dans une maison de retraite spécialisée.

Mais si Colette semble vulnérable, elle n’est pas seule ! Branle bas de combat, les animaux décident de contre-attaquer car pour eux, Colette a besoin de rester dans son univers, son petit bout de paradis, entourée de ses habitudes et de ses compagnons à poils et à plumes. Il faut vite trouver une solution pour rester tous ensemble ! 

Ce roman accessible aux jeunes lecteurs parle avec tendresse et sensibilité de la perte de repères des personnes touchées par la maladie d’Alzheimer. Un sujet grave, trop peu traité semble-t-il en littérature jeunesse, et qui tient particulièrement à coeur de la tricoteuse de mots doux, Mymi Doinet.

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Renversante

« Formidable ce livre ! Il fallait oser ! Il faut le mettre en les mains de tous les jeunes garçons, mais aussi et surtout, des jeunes filles ! Relations fille/garçon, un sujet d’actualité qui a besoin d’être animé au quotidien pour que flamme du « vers toujours plus d’égalité chaque jour » ne s’éteigne pas… »

« Ahlala, toi et ton hominisme ! C’est pas un peu exagéré quand même ? Ça va là, c’est pas si pire comme situation. Y a pas mort d’homme non plus, hein ? Comment ça si ? Ah oui, pas faux. Et de qui c’est ce bouquin ? Hmm, Florent Hinckel ? Ah ouais forcément, il prêche pour sa paroisse… Hein ? Florence, avec un E ? Ah bon ? Bah si c’est un livre écrit par une autrice, faut voir, y a p’tet du vrai là-d’dans. Vas-y mon Pépette, fais voir deux secondes… » 

Dans le monde de Léa et de son frère jumeau Tom, le féminin l’emporte sur le masculin… Logique, c’est hystérique… euh historique. Les noms de rues et d’établissements scolaires, les grands noms de la littérature, des arts, des sciences et de la politique sont… des femmes. C’est ainsi depuis la nuit des temps, la femelle est supérieure au mâle.

Mais le père des enfants veut les éveiller à la condition masculine et ses inégalités qu’il dénonce au quotidien, un combat souvent considéré comme ridicule.

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Le potentiel érotique de ma femme

(c) Folio

Il était temps ! Où étais-je donc pour ne pas avoir dévoré cette madeleine juteuse lors de sa sortie ? N’en parlons plus, ou plutôt parlons-en justement de ce petit bijou désopilant !

Un très grand coup de coeur pour ce roman au rythme effréné, à l’écriture impertinente, mêlant humour et tendresse, réflexions intérieures sur les hauteurs et bassesses de la condition humaine, soulevant le voile sur les petits et grands déboires du quotidien amoureux et de la vie de couple, bousculant le lecteur en le convoquant en permanence dans le récit : une jolie folie totalement jubilatoire. 

Résumé : Après avoir collectionné, entre autres, les piques apéritif, les badges de campagne électorale, les peintures de bateaux à quai, les pieds de lapin, les cloches en savon, les bruits à cinq heures du matin, les dictons croates, les boules de rampe d’escalier, les premières pages de roman, les étiquettes de melon, les œufs d’oiseaux, les moments avec toi, les cordes de pendu, Hector est tombé amoureux et s’est marié.
Alors, il s’est mis à collectionner sa femme.

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