Diabolo Fraise

Un sacré coup de cœur…

Pour cette histoire de famille, pour ces histoires de soeurs chacune à une étape clé de leur jeune vie, pour ces histoires de coeurs palpitants qui se découvrent. 

Une plongée dans l’adolescence, cette partition intérieure qui joue ses gammes parfois en mode mineur et vous prend aux tripes, parfois en mode majeur où la lumière surgit et vous acroche un sourire bien haut. 

4 parcours de femme qui n’en font qu’une : Antonia et ses 18 ans face à une maternité surprise, Marieke qui explore sa sexualité et les contrées étranges de sa beauté fatale, Jolène la rebelle dont la peau en mode crépi craquelle devant l’émergence de sentiments forts, et Judy, son entrée en 6e, ses balbutiements hors du monde de l’enfance et le choc pleine face de la cruauté féroce d’un harceleur nuisible. 

On les aime chacune et ensemble, en version solo ou symphonique, elles s’accordent parfaitement. 

Et puis il y a les parents, des pôles qui s’attirent et les encadrent. Un père présent au coeur d’une meute de femmes qui s’épanouissent, chacune à leur rythme, chacune avec leur individualité qui s’affirme, avec une bienveillance réconfortante. Une mère aimante mais qui doute, mais qui sait être présente aux moments décisifs.

Et puis il y a Farès, pivot magistral mais totalement dépassé, touchant car vulnérable. Et puis Quentin, Basile et l’odieux Venceslas, une palette de masculinité en plein bouillonnement.

Farès ferme les vitres par peur que ses rêves ne s’envolent.

Et quel rythme ! Une écriture juste, pleine de tendresse et d’humour, au coeur de la vraie vie. Une vie de femmes confrontées aux petits chaos et aux grands gouffres de l’entrée dans la féminité, aux petits combats solitaires et aux grandes victoires solidaires entre soeurs pour trouver sa place dans la famille, sa place dans la vie tout simplement. 

– C’est quoi, le périnée? glisse Judy en relevant la tête de son magazine.
– Péri, péri…, s’interroge Jolène pour noyer le poisson. Péri, c’est autour, non ? Autour du nez ?

De jolis clins d’oeil à la littérature jeunesse actuelle en bonus ! (De Cape et de Mots, L’aube sera grandiose, Les Petites Reines…)

Un livre au carrefour de 4 vies qui débutent, 4 personnalités diablement attachantes. 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette délicieuse et pétillante découverte. À consommer sans modération…

Continue Reading

Les heures souterraines

20 mai.

Et vous, qu’avez-vous fait ce 20 mai ? Quel autre parcours de vie avez-vous percuté ? 

Mathilde et Thibault, deux détresses aux aboies face à deux source de douleur, l’entreprise et ses abus de pouvoir pour elle, la ville étouffante et un amour vain pour lui. Deux blessés, deux chemins, deux souffrances. 

Magnifiquement interprété par Marianne Epin.

 

 

 

Continue Reading

Figurec

Merci monsieur FabCaro d’avoir commis ce bijou déjanté dont l’univers totalement barré nous rend addicted en moins de 2 pages.

Une folie douce et férocement drôle dans laquelle plonge le narrateur de plus en plus profondément et dont on se repaît délicieusement.

Toujours plus loin dans l’ironie irrévérencieuse, toujours plus haut dans l’absurdité désopilante, aspirant le lecteur totalement accro dans une spirale infernale et extatique. « Mais non, mais il le fait ! » Et dire que j’aurai pu passer à côté de ce plaisir ? À s’acheter un radiateur pour s’y frapper la caboche de regret. Ouf ! 

À lire et à relire pour la finesse de l’écriture,  la suave impertinence d’oser proposer une aventure littéraire de cette qualité, les dialogues les plus improbables du répertoire post-moderne, des images mentales hallucinantes projetées malgré vous dans votre cerveau pur (si si).

Mais j’adore trop trop quoi ! ENCORE !

 

Continue Reading

No et moi

Encore une fois, il n’est jamais trop tard pour vivre ce type d’émotions.

Un truc étrange depuis quelques temps, l’enfance frappe à la porte de tout ce que je lis.

Pas si étrange, pas si étanche…

Sous la forme de chemin chaotique et inespéré comme la rencontre big-bang de cette fragile No et de cette incroyable Pépite, Lou, ce petit bout d’humain au grand coeur, porté par une maturité qui l’encombre parfois et lui donne cette force improbable, cet amour pur qui peut abattre les murs du silence et ouvrir le champs des possibles, parce que si on veut on peut, parce que lorsqu’on se promet d’être ensemble, on doit se battre pour cette promesse, une promesse pour la vie, pour le meilleur et pour le pire.

Après Les Loyautés (qui résonne encore par la force du propos, la finesse des sentiments retranscris, le cri d’alarme d’une adolescence qui tâtonne au point de se risquer de se brûler les ailes à tout prix), ce roman No et moi paru il y a déjà 12 ans n’a pas pris une ride. La justesse de la voix de cette jeune narratrice est troublante face au silence de sa mère, son abandon, l’urgence du coup de foudre avec No qui sombre.

Beaucoup de violence, beaucoup de tristesse, quelques éclairs de soleil qui rallume l’espoir et cette fureur de survivre qui vous emporte et vous chahute le coeur au fil des pages.

Une fillette hors norme, intellectuellement précoce, comme ils disent sans vraiment comprendre ce que cela signifie, une observatrice méticuleuse qui depuis son silence questionne la Vie, s’interroge sur ce et ceux qui l’entourent, cogite et ressent tout avec une folle et nouvelle intensité.

Continue Reading

L’Estrange Malaventure de Mirella

Connaissez-vous la véritable histoire du joueur de flûte de Hamelin ? Sans nul doute que non, on vous a fait croire à une fable bien fade… Or donc, méfiez-vous des contes, la vérité est bien pire…

Retour dans ce Moyen-Âge obscur et à sa langue si chantante. La fabuleuse conteuse Flore Vesco vous ouvre les portes d’Hamelin, cette fameuse et maudite petite bourgade envahie par les rats. La peste rôde…

La scène découvre une jeune porteuse d’eau de 15 ans, Mirella, une enfant perdue (mais pas au pays imaginaire), une miséreuse (plus près d’Esmeralda que de Cosette) qui a le don de voir ce que les autres ne voient pas.

Happé par le rythme effréné de ce récit haletant, entre mystère et fantasmagorie, le lecteur est envoûté par la musique des mots de Flore Vesco, une écriture qui fleure les parfums bruts de cette époque tourmentée. Entre roman initiatique et conte moderne, ce texte vous transporte littéralement au 13e siècle, en immersion totale dans une langue enchanteresse au coeur des plus sombres intrigues.

La force de cet ouvrage tient au rythme de l’intrigue, à la profusion de détails très précis sur les odeurs, les matières, les sensations, l’ambiguité des sentiments. Le choix d’un vocabulaire « version originale » participe à cette plongée fantastique dans le monde médiéval du conte, apportant toujours plus de réalisme dans la fiction. Comme dans chacun de ses romans, Flore Vesco travaille la langue au corps à corps pour en extraire la justesse de la description, jouant entre érudition et jeux de mots (ahh cette eau « courante » 🙂 ), en accordant un soin particulier, une vraie exigence à la narration : un travail d’enluminure ciselé qui fait que ce récit va vous hanter pendant un temps certain. 

Continue Reading