Le barrage

J’ai eu envie de tourner les pages de cet album dont la couverture intriguait : attirante par ce traitement presque photographique et le travail sur la lumière, mais également inquiétante avec ces deux silhouettes et ce titre froid.

Les albums de Shaun Tan me sont revenus, pour leur univers étrange et déstabilisant mais également pour la force du style illustratif entre la photo, la gravure et la peinture, quelque chose de vibrant.

« Une fois le barrage achevé, les terres seront inondées. Mais avant qu’elles disparaissent à jamais, Kathryn et son père retournent à la vallée endormie maintenant silencieuse, et glissent dans chacune des maisons une dernière mélodie. Si l’on tend l’oreille, on peut l’entendre, cette mélodie pour tout ce qui fut et ne sera jamais plus.« 

Les grandes illustrations imposent une lecture silencieuse, intérieure, les quelques mots posés semblent chuchotés par le père et sa fille. Le ton semble grave, ils sont témoins d’un temps qui ne sera plus bientôt.

Il est question du passé, de la perte mais également d’un certain espoir, grâce au pouvoir de la musique, véritable souffle de vie pour raviver les souvenirs.

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L’Émouvantail (T.3)

Un, deux, trois… Soleil !

❄ Ce troisième opus de l’Émouvantail paraît enfin, il a traversé l’hiver, évoquant un « réveil » d’une certaine manière après une époque dans l’ombre pour beaucoup d’entre nous.

❄ Cet album résonne donc particulièrement. Le nez en l’air notre bonhomme de paille voit les dernières feuilles de son arbre tomber. L’automne finit et la perspective d’un prochain froid, un terrible froid, s’annonce. L’ami-oiseau le sent, l’ami-oiseau lui conseille de trouver au plus vite un abri. Et les voilà qui cheminent ensemble vers un ailleurs meilleur contre le vent glacial.

❄ Mais le blanc manteau neigeux s’abat implacablement sur la nature et ceux qui résistent péniblement aux morsures du gel. Pendant un temps, la nature va se mettre au repos. Notre grand rêveur de paille n’échappe pas aux frimas, une « peau de givre » va le recouvrir et ralentir les battements du coeur qu’on imagine derrière ses brindilles.

« Telle une toile de maître achevée sans avoir été commencée,
s’étendait partout dans le ciel un immense voile immaculé. »

❄ Encore une fois, la poésie de Renaud Dillies fonctionne à merveille. Une histoire douce, contemplative, où le lecteur suit le voyage, toujours un peu initiatique, de ce personnage très attachant. Réflexions sur l’amitié, la méditation, l’essence même du rythme de la nature et le cycle de la vie. Les cadrages sont variés, pour accéder ou ralentir le rythme de la narration. Le souci du détail est d’une justesse folle, c’est fin, tendre, drôle parfois, grave souvent, émouvant toujours.

Un moment de douceur pour le plaisir des yeux et du coeur.


Auteur / Illustrateur : Renaud DILLIEZ
Edition : Editions de la gouttière – 32 pages – 10,70 euros
Année : Mai 2020

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Caribou Baby

ABSOLUMENT GÉNIAL ! INCONTOURNABLE ! COMPLÈTEMENT BARRÉ ! JUBILATOIRE !

Un sujet qui désarçonne, une narration endiablée, une écriture fraîche et juste et drôle et addictive et… quel régal !

Beaucoup d’humour et de subtilité. Bref un grand coup de coeur pour cette histoire de famille qui parle d’amour maternel, de lâcher prise, d’acceptation des différences qui nous rendent plus riches et d’amour tout court.

La traduction enthousiasmante (de Clémentine Beauvais of course) me donne une folle envie de dévorer le texte en version orignale… euh originale bien sûr.

 

« Jess  a 17 ans et elle vient d’avoir un bébé. Bon… pas n’importe quel bébé  : un bébé caribou. Personne ne sait comment c’est arrivé. On n’avait rien détecté. Avec Nick, son copain bien humain, Jess apprend à accepter l’absurdité de la vie, à devenir mère, à comprendre que son enfant est un individu, parfois encombrant, mais un individu à part entière. Un être qu’il faut choyer… et savoir laisser vivre et libérer le moment venu. »

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Petite

On devrait toujours lire un peu de Jo Hoestlandt avant de se coucher… C’est bon se réchauffer le coeur.

C’est l’histoire d’une petite fille éprise de liberté, qui en classe, demande à l’autrice quelle est sa lettre préférée.

Jamais personne ne m’avait demandé cela, et pourtant, c’était une vraie question, pour un écrivain !

Est-ce le O ? Comme un cercle autour des gens qu’on aime tenir embrassés ? Ou bien un C ? Comme un bras posé sur l’épaule moins serré, qui ne l’empêche pas de partir ?

Une histoire contée par Jo Hoestlandt lors des premières assises de la littérature jeunesse et qui m’avait cueilli par sa poésie et sa justesse, au fond du cœur.

« On ne retient jamais ceux qu’on aime en les enfermant, fût-ce dans des bras aimants. »

Une deuxième nouvelle au dos : Les Nivuniconnus 

Des étrangers, arrivés dans une caravane. On ne savait d’où ils venaient. Jusqu’ici, on ne leur avait guère prêté attention. Mais là, les gens commencèrent à se poser des questions.

Deux magnifiques et émouvants récits, portés par la plume sensible et unique de Jo Hoestlandt, pour parler de l’acceptation des différences, de la culture des gens du voyages et du vivre ensemble. 

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Les riches heures de Jacominus Gainsborough

(c) R. Dautremer

Toute une vie entre les pages.
Intense contemplation de cet univers si émouvant.
Grandiose. Palpitant. Sensible.

« Je voulais dire quelque chose de simple, comme la vie. »    

Le vernissage de l’exposition chez Babelio était fabuleux, un voyage au coeur de l’univers de cette grande artiste ! Un fourmillement de détails pour mettre en vie toute la grande famille de Jacominus… Des originaux dans lesquels on se perd, entièrement captivé par le décor fantastiquement émouvant. Quelle chance !

« En douze scènes de genre traversées par les saisons, ponctuées de trois pêle-mêle et d’une dizaine de portraits du héros à différents âges, voici le récit d’une vie. Ses petits riens, ses grands moments, ses joies, ses peines, ses doutes, ses épreuves… Avec, au final, la chance d’avoir été aimé et le bonheur de contempler, au crépuscule de son existence, ses amis fidèles, Policarpe, César, Agathon ou Byron, sa compagne Douce la bien nommée et ses petits-enfants autour de soi. (…) Une fresque unique pour parler à tous du bonheur d’être en vie. »

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