Le Jardin, Paris

Dès la parution en teasing des premières planches, j’avais suivi de près la sortie de ce roman graphique dont le style graphique m’avait envouté. Et c’est un grand coup de cœur.

Dès la couverture, vous êtes plongé.e dans les années 20, à Paris. Cette lampe Art déco et la lumière derrière le rideau de velours rouge annoncent la couleur et le sujet. Un cabaret nommée « Le Jardin » où toutes les femmes portent un nom de fleur et ont chacune une place particulière.

Cette silhouette en coulisses, un brin timide mais déterminée, est celle de Rose, un jeune garçon de 19 ans qui va se lancer sur les planches. Car, comme toutes les filles qu’il fréquente depuis sa naissance au cabaret dirigé par sa mère, Rose veut danser et se produire sur scène devant un public, c’est plus fort que lui et il est doué.

Si la renommée du « Jardin » n’est plus à faire, le talent de Rose est vite remarqué et devient l’attraction principale. Bien entourée par les Fleurs, Rose baigne dans une ambiance familiale, chaleureuse et protectrice. La solidarité est naturelle.

Quand Rose danse, il n’est pas « lui » ou « elle », c’est au-delà de cela, Rose emporte dans ses mouvements l’âme du public qui est touché par tant d’émotions, et particulièrement Aimé. Le « petit bourgeon » est en train d’éclore et c’est émouvant.

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J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle

Dès la 4e de couverture, le ton est donné. Il n’y a pas d’échappatoire et l’on reste sans voix devant le constat glacial d’Efi : elle a 14 ans et comprend en quelques pages que son destin n’est plus entre ses mains, sa famille a décidé de la marier.
 
“En rentrant du collège ce jour-là, assise sur la mobylette d’oncle Blabla, même si j’ai mal aux fesses et que le chemin n’en finit pas sous le soleil qui devant nous rougeoie, je suis convaincue que le monde m’appartient. J’ignore encore que je me trompe et que c’est moi qui, depuis ma naissance, lui appartiens.”
 
Au fil des pages, la désillusion s’empare d’Efi. Elle ne comprend pas : ses parents l’ont envoyé faire des études, pour avoir une autre vie. Mais au retour chez elle pour les vacances après 6 mois d’absence, tout bascule et ses rêves s’écroulent. Le poids de la tradition, la fin de l’innocence, ses rêves d’avenir s’effondrent. Après l’incompréhension et la sidération, la peur s’installe, puis la révolte monte. Trahie, par sa propre famille. Devenue une marchandise. C’est impossible, le goût de la liberté est plus fort, il faut réagir. Mais comment ? Le temps presse et l’étau se resserre sur ce qui lui restait d’espoir d’un éventuel retournement de situation.

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Le cercueil à roulettes

Il aura fallut quelques mois pour que je me lance sur la route avec Gabriel. Il fallait le moment adéquat, car le chemin était ardu et intense.

Gabriel, 15 ans, est orphelin de père et récemment de mère. Une douleur qui le déchire. Un matin de juillet, il prend la route, trainant derrière lui un bolide peu commun, une étrange caisse à roulettes, plus grande que lui, le nom de Stella inscrit dessus.

Et c’est ce voyage initiatique, ce cheminement de deuil que le lecteur va faire avec Gabriel, narrateur de cette aventure nécessaire. En chemin vers cette destination dont il ignore encore le lieu précis, il va rencontrer des personnes clés qui le guideront, étape après étape, de fermes en villages, de villages en forêts, de départementales aux courants de la Loire.

Irène, Anisse, Anouar, Maya, Marie, Joël, Maud, Baptiste, autant d’êtres exceptionnels qui vont marquer Gabriel dans son parcours, l’aidant dans l’acceptation de la situation et l’accomplissement de la mission qu’il s’est donnée. 

Ne pas en dire trop, la musique des mots d’Alexandre Chardin vous prendra par la main, aux côtés de Gabriel, comme un témoin de cette quête insensée mais si vitale pour lui. Cette traversée va laver sa douleur, dans la souffrance des efforts qu’il prodigue pour faire avancer cette caisse à roulettes. Il marche seul et pourtant il sent toujours une présence, sa mère son « étoile »,  son père, ou l’enfant qu’il a été et ses souvenirs lui confirment qu’il va dans la bonne direction.

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Le barrage

J’ai eu envie de tourner les pages de cet album dont la couverture intriguait : attirante par ce traitement presque photographique et le travail sur la lumière, mais également inquiétante avec ces deux silhouettes et ce titre froid.

Les albums de Shaun Tan me sont revenus, pour leur univers étrange et déstabilisant mais également pour la force du style illustratif entre la photo, la gravure et la peinture, quelque chose de vibrant.

« Une fois le barrage achevé, les terres seront inondées. Mais avant qu’elles disparaissent à jamais, Kathryn et son père retournent à la vallée endormie maintenant silencieuse, et glissent dans chacune des maisons une dernière mélodie. Si l’on tend l’oreille, on peut l’entendre, cette mélodie pour tout ce qui fut et ne sera jamais plus.« 

Les grandes illustrations imposent une lecture silencieuse, intérieure, les quelques mots posés semblent chuchotés par le père et sa fille. Le ton semble grave, ils sont témoins d’un temps qui ne sera plus bientôt.

Il est question du passé, de la perte mais également d’un certain espoir, grâce au pouvoir de la musique, véritable souffle de vie pour raviver les souvenirs.

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L’Émouvantail (T.3)

Un, deux, trois… Soleil !

❄ Ce troisième opus de l’Émouvantail paraît enfin, il a traversé l’hiver, évoquant un « réveil » d’une certaine manière après une époque dans l’ombre pour beaucoup d’entre nous.

❄ Cet album résonne donc particulièrement. Le nez en l’air notre bonhomme de paille voit les dernières feuilles de son arbre tomber. L’automne finit et la perspective d’un prochain froid, un terrible froid, s’annonce. L’ami-oiseau le sent, l’ami-oiseau lui conseille de trouver au plus vite un abri. Et les voilà qui cheminent ensemble vers un ailleurs meilleur contre le vent glacial.

❄ Mais le blanc manteau neigeux s’abat implacablement sur la nature et ceux qui résistent péniblement aux morsures du gel. Pendant un temps, la nature va se mettre au repos. Notre grand rêveur de paille n’échappe pas aux frimas, une « peau de givre » va le recouvrir et ralentir les battements du coeur qu’on imagine derrière ses brindilles.

« Telle une toile de maître achevée sans avoir été commencée,
s’étendait partout dans le ciel un immense voile immaculé. »

❄ Encore une fois, la poésie de Renaud Dillies fonctionne à merveille. Une histoire douce, contemplative, où le lecteur suit le voyage, toujours un peu initiatique, de ce personnage très attachant. Réflexions sur l’amitié, la méditation, l’essence même du rythme de la nature et le cycle de la vie. Les cadrages sont variés, pour accéder ou ralentir le rythme de la narration. Le souci du détail est d’une justesse folle, c’est fin, tendre, drôle parfois, grave souvent, émouvant toujours.

Un moment de douceur pour le plaisir des yeux et du coeur.


Auteur / Illustrateur : Renaud DILLIEZ
Edition : Editions de la gouttière – 32 pages – 10,70 euros
Année : Mai 2020

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