J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle

Dès la 4e de couverture, le ton est donné. Il n’y a pas d’échappatoire et l’on reste sans voix devant le constat glacial d’Efi : elle a 14 ans et comprend en quelques pages que son destin n’est plus entre ses mains, sa famille a décidé de la marier.
 
“En rentrant du collège ce jour-là, assise sur la mobylette d’oncle Blabla, même si j’ai mal aux fesses et que le chemin n’en finit pas sous le soleil qui devant nous rougeoie, je suis convaincue que le monde m’appartient. J’ignore encore que je me trompe et que c’est moi qui, depuis ma naissance, lui appartiens.”
 
Au fil des pages, la désillusion s’empare d’Efi. Elle ne comprend pas : ses parents l’ont envoyé faire des études, pour avoir une autre vie. Mais au retour chez elle pour les vacances après 6 mois d’absence, tout bascule et ses rêves s’écroulent. Le poids de la tradition, la fin de l’innocence, ses rêves d’avenir s’effondrent. Après l’incompréhension et la sidération, la peur s’installe, puis la révolte monte. Trahie, par sa propre famille. Devenue une marchandise. C’est impossible, le goût de la liberté est plus fort, il faut réagir. Mais comment ? Le temps presse et l’étau se resserre sur ce qui lui restait d’espoir d’un éventuel retournement de situation.

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Cheval Océan

Quel coup à l’estomac…

Je cherche encore mon souffle en refermant la dernière page de cette nouvelle qui me vrille le cœur. En quelques pages, la voix d’Angela m’a emportée avec elle sur cette plage, face à cet océan tumultueux, fougueux témoin du basculement de sa vie.

Un silence qui hurle à faire saigner, un cri étouffé qui résonne encore, une douleur sourde qui enferme les mots alors qu’il faudrait rugir pour que cela n’arrive plus. Dans quel monde vivons nous pour que l’enfance et son insouciance soir fauchées en quelques minutes par les plus abjectes. 

D’une seule voix, Stéphane Servant nous livre la confession de cette jeune fille entre deux mondes, celui de ses rêves d’enfance  et celui des cauchemars de sa réalité. Entre deux rives, elle dérive. La fureur de l’océan, le lieu du rendez vous qu’elle s’était donné de rejoindre en mémoire de sa grand- mère, lui ouvre ses bras, tragiquement. L’espoir d’un nouvel envol…

Un récit d’une féroce envie de vivre malgré tout. 

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Les loyautés

Je suis une grande fan de lecture à voix haute et donc de livre audio.

Dans mon parcours découverte de Delphine de Vigan (never too late), un grand coup de coeur pour ce roman/nouvelle polyphonique qui place au centre de l’intrigue le secret d’un jeune garçon en 5e, face à la solitude, la quête d’identité et le vertige de l’abandon.

Deux narratrices internes, une enseignante et une mère, deux points de vues extérieurs sur ce garçon et son copain, une descente aux enfers vertigineuse qui glace le dos.

Un ouvrage qui parle des douleurs de l’adolescence, cette période charnière où l’on peut marcher en équilibre sur le fil-frontière entre l’enfance et le monde des adultes.

Un rythme haletant et une intrigue sensiblement déroutante.

Un ouvrage qui pourrait se trouver en littérature jeunesse, si tant est qu’il y ait une différence avec la littérature vieillesse.

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? « 

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Autrice : Delphine de VIGAN
Edition : JC Lattès – 208 pages – 17 euros
Année : Janvier 2018

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Rattrapage

Je tourne à l’instant la dernière page de ce monologue déchirant de dureté et de justesse… Une lecture en apnée dans la conscience de cette jeune ado face à son innocence perdue, par sa faute…

Quel goût a le remord selon vous ? Un goût de métal, de nausée acide, de poussière moisie ? Un goût amer sans aucun doute quand votre inconséquence vous a poussé à l’extrême aux dépens d’autrui et que le masque du déni se fissure.

Et c’est justement cette bouffée d’amertume suffocante qui enserre la conscience d’une ado de 17 ans, cette fille jolie, la reine populaire de son lycée, la belle qu’on convoitait et qu’on enviait… Mais « la réalité est toujours décevante » quand elle vous rattrape et vous confronte à votre pire noirceur.

Car voilà, la reine ne brille plus autant, elle a sombré depuis quelques mois, depuis la tentative de suicide d’un élève qu’elle et sa bande de dominants harcelaient pour s’amuser…

Comme elle, il est là, sur ce banc à attendre son tour pour le rattrapage du Bac.

Et en l’apercevant, tout lui remonte. Elle faisait partie de la meute des puissants au Lycée, ceux qui raillaient les moches, les nuls, les méprisables, les inutiles selon eux. À force de brimades sur les réseaux sociaux, ils jouaient de la vanne à grand renfort de photos et vidéos dégradantes, pour le fun, en toute inconséquence, par pure méchanceté gratuite. Diablement réaliste, non ? Mais leur cible favorite, ce garçon silencieux et mal dans sa peau, a fini par craquer en se coupant les veines en cours…

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Seul sous la pluie

Beaucoup d’émotions à la lecture de cette nouvelle sensible relatant un instantané de vie de couple, un couple mère-fils.

Julien pense que pour aider sa mère qui ne s’en sort plus, il doit partir. Seul au quotidien, à 8 ans, il se sent responsable et pense qu’en partant il enlèvera un poids à sa mère qui ne lui reproche pourtant rien. Alors il ne rentre pas ce soir, mais quand le froid et la pluie se font sentir, il n’est plus aussi sûr de son choix. Qui d’autre pourrait aider da mère finalement ?

Encore une fois l’écriture juste et directe de Charlotte Moundlic m’a happée. Le lecteur voit la vie à travers les yeux du jeune Julien, perdu dans ses pensées, son sentiment de culpabilité et son sens des responsabilités. Bien plus qu’un récit du quotidien, ce texte résonne plus profondément. Il évoque avec délicatesse mais gravité la fragilité des enfants face à la réalité, leur force de vie incroyable, leur courage et la maturité précoce de certains petits bouts propulsés souvent trop vite dans le monde abrupt des adultes.

Coup de coeur, forcément.

Autrice : Charlotte MOUNDLIC
Edition : Thierry Magnier – Collection Petite Poche – 48 pages – 5,10 euros
Année : Septembre 2012

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