Monsieur Firmin

Encore une fois, je me suis fait alpaguée par une couverture. La lumière du décor urbain baigné d’un soleil étrange m’a captivée, m’invitant à m’attarder sur la discussion entre ce jeune garçon et ce vieil homme. Un titre énigmatique qui, forcément, donne envie d’en savoir plus.

Si on approche l’oreille, on pourrait presque entendre ce qu’ils chuchotent. Un secret entre amis ? Une confidence ? Un passage de relais entre deux mondes ? 

Monsieur Firmin n’est plus tout jeune, son coeur est malade, c’est le « Kardiologiste » qui le dit, et on ne peut pas le réparer, alors il doit se ménager. D’un coup, par ces premiers mots posés sur la page de gauche, par la force de l’écriture manuscrite de cet enfant, on entre dans son univers, son imaginaire, son quotidien, auprès de cet ancêtre qui pourrait être son arrière-grand-père.

Les mots sont simples, des constats des petites choses de la vie, à  sa hauteur d’enfant. Au travers de ces mots presque banals qui s’enchaînent un peu maladroitement, témoin d’un pure naïveté, semble poindre une sensibilité à fleur de peau, un émerveillement progressif. Ce garçon qu’on surnomme Microbe découvre l’univers de ce Monsieur Firmin, un personnage qui va compter pour lui.

 
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Groléfant et Tit’Souris – Histoires (de) bêtes

J’ai quatre pattes, deux oreilles, une bouche, un nez, une queue et ma couleur est gris ? Qui suis-je ? Un éléphant ? Une souris ? Et bien, les deux, c’est évident !

PA-REILS ! Voilà le constat de Tit’Souris lorsqu’elle découvre Groléfant. C’est l’été, il fait chaud, nos deux nouveaux amis décident donc de prendre la route ensemble, tout simplement, comme une évidence.

À mi-chemin entre la BD et l’album, ce recueil d’histoires se compose comme une série de saynètes indépendantes néanmoins reliées entre elles selon un fil narratif : la relation d’amitié, improbable, entre cet alpha et cet omega du monde animal (oui carrément, je me lâche dans la métaphorite, faites attention c’est du lourd).

Amis pour la vie donc, pour le pire et le meilleur !

Avec beaucoup d’humour, de finesse et de subtilité, Pierre Delye aborde des grandes thématiques comme le respect de la différence, la découverte de l’autre, l’amitié, en tentant d’expliquer que « ce qui ressemble s’assemble, et que ce qui se différencie s’associe et s’enrichit ». Après Moitié de coq, il est de retour avec Ronan Badel aux crayons & pinceaux  : succès garanti !

 
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La chasse au chasseur

Promenons-nous dans les bois pendant que… le chasseur n’y est pas… Un chasseur ? Et oui, c’est ce que pourrait bien fredonner Sanglier, Lapin et Renard, cette bande de petits fomenteurs (ou vrais menteurs ? comment dit-on déjà ? Hmm je m’égare…)

Voilà, ce n’est plus possible dans cette forêt, on ne peut plus se balader le poil à l’air tranquillement ! « Ça ne peut plus durer », la révolte gronde… Réunion d’urgence entre nos trois amis afin de trouver la meilleure solution pour se débarrasser du-dit chasseur, soit disant nuisible. Au petit matin, le plan est prêt et la chasse au chasseur est lancée : Renard fait le mort tout raplapla, le chasseur s’approche intrigué et PAF ! Sanglier lui fonce dans le derrière, et BOUM ! le chasseur atterrit dans un fourré où Lapin le saucissonne et le bâillonne. Hop, emballé posé Monsieur le zinzin du fusil !

Reste à savoir quoi faire de ce trophée à la moustache pendante… WIZZZ ! Sanglier veut lui tartiner les pieds de beurre pour qu’il n’arrête pas de glisser.
PIC PIC Lapin veut le saupoudrer de miettes de galette pour que les oiseaux viennent le picorer.
BLONK ! Renard veut lui faire perdre le Nord en lui fourrant la tête dans un panier.

 
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Chaque jour Dracula

(c) Delcourt

Les histoires de vampires, ça vous fait peur ? Et si justement, cette histoire là, celle du petit Dracula, nous racontait l’histoire d’une autre peur ? Une peur viscérale, difficile à nommer, une peur honteuse qu’on cherche à étouffer pour essayer de survivre : la peur de la violence des autres à son endroit. 

C’est exactement le sujet que Loïc Clément et Clément Lefèvre nous présente dans cette bande dessinée pleine de tendresse et d’émotions : le harcèlement scolaire. Il fallait oser et c’est réussi, on est touché.

Et si un livre, une BD avec ses images qui montrent sans toujours nommer, permettait d’ouvrir la discussion sur un sujet grave et trop souvent tabou ?

 
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Les cancres de Rousseau

(c) Sarbacane

Voici quelques temps déjà que j’ai fini Les cancres de Rousseau et l’histoire sort difficilement de mon esprit… Je décante encore…

Voilà une belle preuve que ce livre m’a touché et que je le tiens comme un bon livre. Une histoire et des personnages aux caractères bien trempés qui ne m’ont pas laissé indifférente. J’ai préféré ne lire aucune critique, sauf les titres majeurs de ce que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux et la critique de Michel Abescat dans Télérama. Je n’ai pas voulu d’influence, juste faire une rencontre, vivre une expérience.

En résumé : « C’est l’année ou jamais pour Djiraël ». Il est en terminale avec ses amis de toujours : Armand, Sacha, Rania, Doumam et Jazz, et cette année doit être inoubliable, quite à se mettre l’administration du lycée à dos. Un prof principal engagé mais qui a besoin d’aide, une tentatrice nommée Tatiana, des promesses faites aux amis et la nécessité d’agir selon son devoir : Djiraël est confronté à des choix, et choisir c’est toujours renoncer… Mais pour lui, le bonheur, c’est maintenant !

J’y ai trouvé tout ce que j’aime dans une lecture : l’empathie, la découverte, le rêve, l’interrogation, le doute, l’impatience, l’étonnement, l’exagération, des sujets à débat…

Je me disais que ce ne serait pas pour moi, que le style me gênerait, que le vocabulaire très « oral » me choquerait ou m’empêcherait de me laisser embarquer par le récit, que le thème ou le lieu pourrait freiner mon infusion dans la narration.

« Putain, Djiraël… t’as foutu que de la merde ! » Un incipit aussi direct, aussi brutal, c’est à double tranchant : soit tu adhères et tu plonges, soit tu restes K.O. et tu jettes l’éponge. La stratégie du choc, c’est bien ça non ? 😉

Et bien non. Je n’ai pas refermé la couverture sur cette réplique. Quand on entre ainsi en effraction dans un livre, au beau milieu du quotidien des personnages, on se fait discret, on se planque dans un coin pour les observer, on attend le bon moment. Je suis montée dans le train de cette bande de jeunes aux abords du monde des adultes, ces sales gosses pourrait-on dire, et j’y suis restée. J’ai fait confiance, moi, la reine de la méfiance.

Et j’ai aimé.

 
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