La grande famille

Simon en est sûr, il fait partie de cette grande famille, celle des félins, c’est évident. Malheureusement, cela ne semble pas être le point de vue des grands énergumènes à poils près de lui qui éclatent de rire lorsqu’il leur dit « je suis un félin comme vous ».
 
Ouch ! Être rejeté car on « parait » différent, ça fait mal. Mais qu’est-ce que c’est « être un félin » au juste ? Et, Simon, avec son petit air malin, récolte au fur et à mesure les réponses des autres animaux.
 
Avoir une crinière, une touffe au bout de la queue et être le roi des animaux, dit le Lion.
Avoir une allure élancée et courir plus vite que les autres animaux, déclare le Guépard. 
Savoir bondir sur une proie comme une bête cruelle, ajoute le Puma. 
Vivre dans la jungle et dormir dans les arbres, explique la Panthère. 
 
Chacun à leur tour, les animaux affirment leurs différences en concluant qu’ainsi, ils n’ont rien en commun avec cette petite boule de poils gris. Mais… ils sont aussi très différents les uns des autres, finalement, leur fait judicieusement remarquer Simon.
Le lion est le seul à avoir une crinière, dit-il. Parmi vous, seule la panthère est noire et seul le tigre est orange. Personne ne peut sauter aussi loin que le puma ou courir aussi vite que le guépard. Alors comment est-ce possible que vous soyez tous des félins ?
Alors comme pour se défendre, les animaux commencent à énumérer leurs points communs : petites oreilles, nez plat, longue moustache, dents pointues, griffes acérées. Tiens, tiens, tiens… ça ne vous rappelle pas quelqu’un, vous ?
 
Je vous laisse le plaisir de découvrir toute la perplexité des grosses bêtes féroces face à leur découverte… 

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Rat et les animaux moches

Alors là, c’est un grand coup de coeur et c’est surtout sur les conseils de l’éminente Lucie Kosmala que je me suis plongée dans ce gros ouvrage BD ALBUM TEXTE ILLUSTRÉ (je ne sais pas trop comment le définir finalement). 

Car comme ça, euh comment dire, je n’étais pas trop attirée par l’univers de la couverture : sombre, intrigant, typo un peu repoussante… Ben forcément, pour parler d’animaux moches, c’est plutôt bien vu.

Et alors là, dès la première page, la magie du conte opère, car c’est exactement cela : un conte un peu fantastique avec des tous les ressorts du conte classique, dans un univers noir et blanc où le jeu sur les ombres et lumière est poussé au paroxysme. Et carrément bien ! 

Au final, une étonnante rencontre entre Rat – chassé de chez les humains – et ces autres rejetés, ces animaux qui font un petit peu peur et qui ne sont pas dans les canons de beauté classiques.

Tendresse et humour pour ces relations d’amitié et de solidarité qui se tissent entre les uns et les autres. Car Rat s’est donné une mission : leur retrouver chacun une maison où ils seront heureux.

Les illustrations épurées à l’encre de chine sont d’une force incroyable. C’est tout bonnement génial et très original !

Et en plus tu en as pour ton argent, ami lecteur, amie lectrice, une histoire de plus de 200 pages qui se lit comme une BD avec toute la magie et la tendresse d’un beau conte (moderne) en format grand album. Oui un objet hors du commun, tout à fait ! Et pour notre plus grand bonheur !

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Menu fille ou menu garçon ?

Toc, toc, toc ?  Oui, c’est pour quoi ? C’est pour un bon coup de pied au fesses des idées reçues et du sexisme dès le plus jeune âge ? Ah ok, alors c’est bien par ici, entrez ! Et BIM ! 

Et voici donc Thierry Lenain aux prises d’un sujet décisif sur lequel il ne faut pas arrêter de débattre et continuer à le dénoncer : les a apriori sexistes du quotidien !

Et c’est réussi, encore une fois, via une histoire simple mais efficace.

Emmener son enfant manger un hamburger, on l’a tous fait (allez, si, au moins une fois pour leur montrer combien c’est beurkaka tout plein même si c’est regressif, hmm, si ce n’est pas vous, c’est Tonton Phil, Tata Flo, Moumina ou Papymou). Le menu enfant, c’est un classique du fast food, surtout quand il est agrémenté d’un petit cadeau… pour les filles ou pour les garçons. Pour les garçons : une mini-fusée. Pour les filles : une mini-poupée. Ben quoi, normal non ? Et bien, non pas du tout ! C’est exactement la réaction du Papa de Léa.

Ce n’est quand même pas monsieur Hit-Burger qui va décider que ma fille aura une poupée parce qu’elle est une fille, et que mon garçon aura une fusée parce qu’il est un garçon !

On est bien d’accord. Et c’est aussi l’avis de Léa qui veut bien une fusée, elle justement, parce que les poupées, c’est pas trop son truc, mais qui veut surtout MANGER SON HIT-BURGER avant tout ! Papa a promis, alors…

Mais voilà que la serveuse donne une fusée à Léa pensant que c’était un petit garçon. Et c’est parti pour une querelle quiproquo dans la queue des commandes entre un Papa qui veut dénoncer ces pratiques sexistes ridicules et une serveuse qui pensait juste à bien faire… Comme quoi les a priori sur les choix genrés des enfants sont toujours bien ancrés.

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Chaque jour Dracula

(c) Delcourt

Les histoires de vampires, ça vous fait peur ? Et si justement, cette histoire là, celle du petit Dracula, nous racontait l’histoire d’une autre peur ? Une peur viscérale, difficile à nommer, une peur honteuse qu’on cherche à étouffer pour essayer de survivre : la peur de la violence des autres à son endroit. 

C’est exactement le sujet que Loïc Clément et Clément Lefèvre nous présente dans cette bande dessinée pleine de tendresse et d’émotions : le harcèlement scolaire. Il fallait oser et c’est réussi, on est touché.

Et si un livre, une BD avec ses images qui montrent sans toujours nommer, permettait d’ouvrir la discussion sur un sujet grave et trop souvent tabou ?

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Les cancres de Rousseau

(c) Sarbacane

Voici quelques temps déjà que j’ai fini Les cancres de Rousseau et l’histoire sort difficilement de mon esprit… Je décante encore…

Voilà une belle preuve que ce livre m’a touché et que je le tiens comme un bon livre. Une histoire et des personnages aux caractères bien trempés qui ne m’ont pas laissé indifférente. J’ai préféré ne lire aucune critique, sauf les titres majeurs de ce que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux et la critique de Michel Abescat dans Télérama. Je n’ai pas voulu d’influence, juste faire une rencontre, vivre une expérience.

En résumé : « C’est l’année ou jamais pour Djiraël ». Il est en terminale avec ses amis de toujours : Armand, Sacha, Rania, Doumam et Jazz, et cette année doit être inoubliable, quite à se mettre l’administration du lycée à dos. Un prof principal engagé mais qui a besoin d’aide, une tentatrice nommée Tatiana, des promesses faites aux amis et la nécessité d’agir selon son devoir : Djiraël est confronté à des choix, et choisir c’est toujours renoncer… Mais pour lui, le bonheur, c’est maintenant !

J’y ai trouvé tout ce que j’aime dans une lecture : l’empathie, la découverte, le rêve, l’interrogation, le doute, l’impatience, l’étonnement, l’exagération, des sujets à débat…

Je me disais que ce ne serait pas pour moi, que le style me gênerait, que le vocabulaire très « oral » me choquerait ou m’empêcherait de me laisser embarquer par le récit, que le thème ou le lieu pourrait freiner mon infusion dans la narration.

« Putain, Djiraël… t’as foutu que de la merde ! » Un incipit aussi direct, aussi brutal, c’est à double tranchant : soit tu adhères et tu plonges, soit tu restes K.O. et tu jettes l’éponge. La stratégie du choc, c’est bien ça non ? 😉

Et bien non. Je n’ai pas refermé la couverture sur cette réplique. Quand on entre ainsi en effraction dans un livre, au beau milieu du quotidien des personnages, on se fait discret, on se planque dans un coin pour les observer, on attend le bon moment. Je suis montée dans le train de cette bande de jeunes aux abords du monde des adultes, ces sales gosses pourrait-on dire, et j’y suis restée. J’ai fait confiance, moi, la reine de la méfiance.

Et j’ai aimé.

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