Un piano pour Pavel

(c) Nathan
(c) Nathan

N’avez-vous pas déjà été irrésistiblement attiré par ce piano dans la gare ? Cet objet qui peut apparaître comme un intrus et qui a pourtant vu passer tant de voyageurs, avec chacun leur propre histoire, leurs joies et leurs peines. 

Et si le piano pouvait raconter ces histoires, ces moments uniques de touches effleurées ou bien appuyées ? 

Voici que commence le voyage de Pavel raconté tout d’abord par ce piano de la Gare de Lyon à Paris.

(…) un jeune garçon pas encore tout à fait grand, pas encore tout à fait réveillé non plus.

Pavel est un jeune garçon âgé de « pas tout à fait » 10 ans et qui, un matin d’été, s’apprête à prendre un train. Presque 8h ! Il est pressé mais le clavier l’attire. Il sort une partition, sa complice de toujours, et les notes du prélude en Do majeur de Bach s’envolent tels des papillons, ravissant le coeur palpitant du grand instrument laqué. (Cliquez sur le lien ci-dessous pour continuer à lire tout en écoutant les notes, pour mieux saisir la petite musique intérieure de cette grande histoire.)

Mais même si la magie de la mélodie envoûte le joueur et l’instrument, le temps ne s’arrête pas tout à fait complètement. L’heure tourne et le train n’attendra pas. Pavel a rendez-vous, un rendez-vous avec son avenir. L’horloge prend le relais du récit, puis c’est au tour de cette feuille de dessin qui s’envole hors du sac de Pavel. Cette feuille perdue qui se/nous rappelle à travers le dessin haut en couleurs cette maison tant rêvée par Pavel : une maison avec une mère d’adoption qui serait pianiste.

Pour moi la musique, c’est génétique !

Pavel est orphelin. Il va rejoindre une nouvelle famille d’accueil dans le Sud. D’un coup, la tonalité majeure devient mineure : la partition ouvre son coeur et nous révèle son lien tragique avec l’enfant, l’accident qui a causé la mort de ses parents, de talentueux musiciens. L’émotion va crescendo, les goutes noires des notes semblent des larmes. Mais la vie reprend sa route. Terminus ! Tout le monde descend. Mais celle qui doit venir n’est pas là et Pavel l’attend. Les Lions jumeaux sur l’esplanade en sont les témoins impuissants… ou presque.

Roarrrrr ! C’est frustrant d’être des statues ne pouvant ni bondir ni rugir tout haut pour les réunir !

Elle viendra. Et la si bien nommée Sidonie… (Si do… presque Mi) prendra le relais pour de nouvelles notes, une nouvelle partition, celle d’une vie qui (re)commence…

Et là, j’ai vu un premier sourire grandir comme une symphonie…

Quelle histoire tendre et émouvante ! Un coup de coeur pour le choix des différents points de vue narratifs, tantôt le piano, puis l’horloge, le dessin de cette maison rêvée, la canette de jus d’orange, les statues de lions sur le parvis… Idée lumineuse ! Ces objets muets prennent tour à tour la parole, s’animent et vivent les émotions du jeune Pavel tout en nous les décrivant à leur manière. Toujours avec beaucoup de retenue et de discrétion, quelques touches d’humour pour désamorcer le tragique de la situation, tels des témoins de ces instants de vie plus ou moins joyeux, comme des amis fidèles sur qui on sait qu’on peut compter. Beaucoup de poésie dans ce nouveau roman de Mymi Doinet, qu’on avait aimé dans un style proche avec « Pas touche à Charly ! ». Un rythme parfait, tendu. Des mots simples pour traduire la fragilité de l’enfance, ses doutes et ses espoirs. Savoureux mélange de douceur et de mélancolie, tout comme ce mythique Prélude. Touchée au coeur ! Bel hommage à la force de la musique, fabuleuse tisseuse de liens entre les hommes.livre qui fuit

Côté illustration, on retrouve le style épuré d’Amandine Leprun découvert dans « Le livre qui fuit » (merci ma Licornette). Des encrages précis et un traitement façon pastels presque poudrés, une gamme de couleurs fraîches, en toute simplicité et très naturel.

Quid d’une version lue en musique, où les différentes voix des objets composeraient cette symphonie en devenir…celle de la vie de Pavel ? 

Auteure : Mymi DOINET
Illustratrice : Amandine LAPRUN
Edition : Nathan Jeunesse – Premiers romans – 48 pages – 5,50 euros
Année : Février 2017


Trois questions à Mymi Doinet sur son nouveau roman « Un piano pour Pavel » :

Mymi DOINET (c)1/ La Licorne à Lunettes : Cette histoire parait très réelle, comment est venue l’idée de faire parler ce piano et ces objets ? 

J’ai eu l’idée de cette fiction qui me tient tant à cœur pour plusieurs raisons : au cours de mes ateliers d’écriture dans les classes, j’interviens souvent dans des milieux très défavorisés, où je rencontre des enfants vivant en foyer d‘accueil. Pavel est un peu chacun d’eux.

Et puis, un jour que je me trouvais à attendre mon train à la gare de Lyon, j’ai entendu le prélude de Bach. Je me suis rapprochée de la mélodie, et là sur le piano en libre service de la gare, j’ai vu un petit garçon le jouer avec brio et émotion. Il a ensuite rangé sa partition dans son sac à dos avec précaution, a regardé l’heure et est parti en courant vers son quai. J’avais Pavel devant moi.

Après j’ai imaginé son histoire. Et comme nous sommes entourés d’objets qui viennent rythmer nos vies, je leur ai laissé le soin de raconter chapitre après chapitre l’histoire de Pavel.

2/La Licorne à Lunettes : Le ton alterne entre douleur et espoir, comment avez-vous construit le récit, quelles ont été les sources d’inspiration ?

Parce dans nos vies, que l’on soit grand ou petit, nous passons tous par des phases d’extrême tristesse, éclairées par des moments de grands espoirs, ce qui prouve que le bonheur est précieux, qu’il faut l’apprécier, ne pas le laisser filer.

3/ Pavel est un enfant très attachant, plein de force et de sensibilité à la fois, un petit héros du quotidien. Un symbole du passage de l’imaginaire de l’enfance à la réalité de l’adolescence ?

Oui, c’est exactement ça, par son parcours au dur chemin de vie, Pavel est un enfant avec déjà beaucoup de maturité.

Quelque part, j’aurais aimé l’adopter dans ma vraie vie, c’est aussi fort que ça et tellement émotionnant qu’un héros de papier.

 

 Lire aussi notre interview de Mymi Doinet qui nous parle de ses livres d’enfance, en cliquant ici.  

 


(c) France Inter
(c) France Inter

 

Et pour comprendre l’histoire du Prélude de Bach, l’émission de Jean-François Zygel sur France Inter : 
https://www.franceinter.fr/emissions/la-preuve-par-z/la-preuve-par-z-21-mai-2016

 

 


Nathan (c)tour eiffel ailesanouk benjo chaperonpas touche a charly


De la même auteure chez Nathan : 
– La collection Les Copains du CP illustrée par Nathalie Choux
– La série Les animaux de Lou illustrée par Mélanie Allag
– La série Les aventures d’Anouk et Benji illustrée par Glen Chaperon
– La collection La Tour Eiffel illustrée par Mélanie Roubineau
– Pas touche à Charly ! illustré par Glen Chaperon
Vive la pluie illustré par Marc Boutavant

De la même illustratrice : 
Le livre qui fuit de Roland Fuentès, chez Nathan
– La série Mes 100 premiers jours d’école chez Gallimard Jeunesse
– La série Le Tangram Magique chez Casterman
– Ma vie en chantier chez Actes Sud Junior

 

 

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