Cinémonstres : L’abominable Docteur Mouche

(c) Sarbacane

Ça vous dirait un petit roadtrip dans la « riante Transylvanie » ? Non ? Pourquoi donc ? C’est très revigorant ce climat lugubre et surtout ça vous vivifierait les sangs. Ayez confiance, suivez-moi… En un éclair et deux coups de tonnerre, le décor du 3e tome des Cinémonstres est planté. Revoici notre professeur Pikaboo (chéri, fais-moi peur !) au cœur d’une nouvelle expérience scientifique, plutôt effrayante, et aux prises avec une drosophile un peu trop affectueuse… enfin presque…

C’est justement ce décor grand-guignolesque qu’a choisi le réalisateur Harry Hausen pour tourner son nouveau film « Le retour de la vengeance de Frankenstein ». Tout un programme pour vous « titiller le trouillomètre » !

Il y a embrouillamini en Transylvanie.

Un fiacre macabre surgit dans la nuit obscure et sombre (c’est le minimum) et conduit notre petite troupe, Brooks et son ouistiti Pikwik en tête, vers le Manoir du Professeur. (Je vous conseille une lecture sous la couette, de nuit, dans une maison bien silencieuse, avec lampe torche, histoire de corser un peu l’ambiance, frisson garanti).

Devant le portail en métal, Edward Braveheart et Rose Glamour chocottent un peu (clin d’œil au Rocky Horror Picture Show… hmm beau présage pour la suite des hostilités !). Un bruit de pas claudiquant et l’huis s’ouvre sur lui : Igor, le terrifiant serviteur de l’ombre (tout droit sorti du Frankenstein Junior de Mel Brooks, j’adore !) qui conduit nos amis tremblotants dans des corridors où semblent se passer d’étranges expériences…

Les pupilles en vrac, il a le regard qui fait des zig-zags.
Avec ses yeux en croix, il a l’air louche.

Tapis dans l’ombre, une créature hybride, mi-homme mi-mouche, épie les nouveaux habitants du château : elle tente de les attraper, les uns après les autres, sans succès. Mais voilà que Pikwik a disparu ! Encore un coup de la mystérieuse bestiole à la pince coupante (ou monseigneur? Non ? Ah bon)

C’est le trou noir dans une grande lumière blanche.

Une sombre histoire de téléportation qui tourne mal, et c’est tout un bestiaire de l’horreur qui envahit le laboratoire du Manoir : des crapauds rubikscubés avec des buffles, des cerf-paons et autre cochon-dindes en tous genres, une collection d’animonstres les plus inquiétants les uns que les autres. De rebondissements effrayants en quiproquos burlesques, la mécanique de l’angoisse (parodique, je vous rassure, on est loin de Stephen King quand même…) s’installe, toujours avec beaucoup d’humour décalé. Qui de Peekamouche ou de Flywik l’emportera ?  L’orage gronde, le vent souffle comme un damné, l’apocalypse approche… Vraiment épou-ventable (pardon, épouvantable) ! Brooks va devoir encore une fois sauver la situation. Mais, chut, je ne vous dis pas la fin, « motus et mouche cousue ».

Recette encore une fois réussie pour ce 3e opus qui rassemble tous les ingrédients nécessaires à une intrigue bien ficelée et bourrée de références cinématographiques, comme d’habitude, version Dernière Séance pour les aficionados : un brin de Mel Brooks, une bonne rasade de « The Fly » version 1958, un soupçon de « Dracula » avec Christopher Lee, une larme du « Bal des Vampires » de Polanski , avec en bande-son à l’arrière-plan le Time Warp du « Rocky Horror Picture Show ».

Vous secouez un bon coup, vous électrocutez quelques secondes et hop, vous servez brûlant : AHHHHHHHHHHHH ! Terrorifianthousiamatique !

Aux manettes, on retrouve la plume alerte de Stéphane Tamaillon, toujours aussi habile à manier les allitérations drolatiques, les oxymores les plus improbables et les mots-valises hilarants, et dont le rythme s’accélère dans ce volume.

Ces crétins des Carpates !
Mais de salle de bal en manque de bol.
Des loupiotes qui clignotent et des bidules qui bipotent.
Ça va halle-barder !

Aux pinceaux, le talentueux Laurent Audouin, qui signe encore une fois des planches remarquables, les scènes sont encore plus spectaculaires, avec toujours un soin méticuleux apporté aux détails, à la composition, à l’encrage et aux choix des couleurs qui claquent.

On est pris par le suspens dès la première page, les personnages attachants semblent s’animer si bien qu’on pourrait presque rêver d’une lecture en 3D ou d’une version dessin-animé (je dis ça, je dis rien…). C’est sûr, encore un bel album qui va faire « mouche » !

Auteur : Stéphane TAMAILLON
Illustrateur : Laurent AUDOUIN
Edition : Sarbacane – Album – 48 pages – 12 euros
Année : Mars 2017


Du même couple Auteur / Illustrateur :

Sarbacane (c)

La créature du Lagon Maudit (chroniqué ici) (Tome 1)

Menace d’Outre-Espace (chroniqué ici) (Tome 2)

 

 


INTERVIEW CROISÉ entre LAURENT AUDOUIN et STEPHANE TAMAILLON

Laurent Audouin : Dis moi Stéphane, c’est notre 3e Cinémonstres, comment t’es venue l’idée de cet abominable Docteur Mouche ? Un mauvais souvenir de ton professeur de biologie au collège ?
Stéphane Tamaillon : Comme toujours, c’est un hommage au cinéma fantastique et aux films que j’ai découvert enfant en regardant l’émission La Dernière Séance. Eddy Mitchell y programmait des classiques comme les Frankenstein des années 1930, le Dracula avec Bela Lugosi ou ceux avec Christopher Lee et La Mouche Noire. L’histoire, si elle tourne autour du Docteur Mouche, joue avec de multiples références, anciennes ou plus récentes, comme l’hilarant Frankenstein Jr de Mel Brooks. Mais si les parents s’amuseront de ces clins d’œil, les enfants liront au premier degré une aventure pleine d’humour et d’aventure. 

Stéphane Tamaillon : Et toi Laurent, quelles ont été tes sources d’inspiration pour l’univers de ce 3e tome ? Quels sont les mots qui t’ont le plus inspirés ?
Laurent Audouin : Enfant, j’avais été marqué par le film « La mouche noire » (The fly) réalisé en 1958 ! Je crois avoir fait quelques cauchemars, même, en repensant à la scène finale ! Je ne veux surtout pas « spoiler » et j’invite les spectateurs à voir ce film (avec l’immense Vincent Price). Comme toujours, j’en suis convaincu maintenant, tout mon travail et toutes mes influences d’illustrateur sont liés à tous ces moments qui m’ont marqué enfant ! Finalement, je ne fais que m’inspirer de mon enfance et je le retranscris en dessin ! C’est un besoin, je l’avoue, même.

Laurent Audouin : Jouer avec les mots, c’est un métier. Stéphane, as-tu un petit rituel lorsque tu écris ?
Stéphane Tamaillon : Je n’ai pas réellement de rituel, mais pour ce nouveau tome, j’ai relu les deux albums précédents. J’écris par ailleurs des romans et des scénarii de bande-dessinées et avant de rédiger une nouvelle aventure de Brooks et ses amis, je dois retrouver le rythme, la petite musique singulière de Cinémonstres. 

Stéphane Tamaillon : Quelle est la première esquisse, la première illustration qui t’est venue à la lecture du texte ?
Laurent Audouin : Sans hésiter, le premier dessin, le premier croquis que j’ai réalisé fut celui du professeur Peekaboo transformé en Mouche… Mi-Homme, Mi-Mouche, pour être précis ! C’est ainsi que j’ai pu, une fois ce premier dessin crayonné, rentrer dans la peau du livre, tout comme le Professeur entre dans la peau de la Mouche. Pas si simple d’ailleurs… je voulais que le jeune lecteur soit marqué par ce Monstre-Mouche, mais comme toujours, ne pas le rendre effrayant, ni repoussant.

Laurent Audouin : J’adore la réplique « Et quelle odeur ! Ça sent la vieille momie dans un sarcophage » (j’aime les réplique qui me fabriquent des images immédiates en dessin). Et toi, Stéphane, quelle est ta préférée dans ce numéro ?
Stéphane Tamaillon : Peut-être l’insulte lancée par Edward : « crétins des Carpates ». Mais c’est difficile d’avoir du recul. Je suis mon premier public. Si ça ne me fait pas rire, c’est que ce n’est pas assez drôle. L’illustrateur (oui toi ! Laurent !) et l’éditeur jouent ensuite le rôle de modérateurs. Le texte évolue aussi en fonction de vos regards.

Stéphane Tamaillon : Je trouve que la double illustration des pages 14 et 15 est vraiment splendide. On y voit le trajet périlleux d’un fiacre sur une route suspendue à flanc de falaise. Et toi, quelle est ta scène préférée ? Celle qui symbolise le mieux cette histoire selon toi ?
Laurent Audouin : Je crois que la page 40 est une de mes préférées ! C’est une image pleine page où Brooks aidée par deux amis essaie de brancher le paratonnerre en haut de la tour du château, en plein orage. C’est une scène pleine d’action, de suspens ! En la dessinant, j’avais l’impression de sentir la pluie rentrer dans les vêtements, l’orage gronder e et l’angoisse de nos héros. Pour moi, c’est une des scènes marquantes du livre mais aussi de ma production d’illustrateur : elle me fera date.

La Licorne à Lunettes : Alors, messieurs, bientôt une nouvelle Expo Cinémonstres ?
Laurent et Stéphane : La prochaine Exposition « Cinémonstres » n’est pas encore calée… J’attends les demandes et accords des Médiathèques qui la souhaiteraient ! C’est donc un appel, finalement ! La MAC (Maison de l’Art et de la Culture) de Sallaumines en a bénéficié il y a peu, puis elle ira en Normandie ensuite, à Fécamp, et des enfants aux adultes, je peux vous dire que cette exposition (à voir avec les lunettes 3D) remporte un très grand succès !

La Licorne à Lunettes : Un petit scoop pour nos lecteurs : quel sera le pitch du prochain numéro ?
Laurent et Stéphane : Brooks et Pikwik devraient retrouver le capitaine Faraway, qui apparaît dans le tome 1, mais est aussi brièvement évoqué dans le 3, où on explique qu’il se trouve actuellement dans le Pacifique. L’occasion de découvrir très bientôt une toute nouvelle aventure sur une île étrange et pleine de dangers.

À suivre…


Du même illustrateur dans la collection « les aventures fantastiques de Sacré-Coeur » avec Amélie Sarn aux éditions Le Petit Lézard :
Le Squelette du Jardin des Plantes
– Les Fantômes du Père Lachaise
– Le Vampire de la Tour Eiffel
– La Momie du Louvre
– Les Loup-Garous de Montparnasse
– Les Gargouilles de Notre Dame
– Le Spectre de l’Opéra
– Le Monstre de la Seine

Du même illustrateur dans la collection « Les enquête de Mirette » avec Fanny Joly aux éditions Sarbacane :
Panique à Paris
– Vendetta à Venise
– MicMac à New-York
– Big frousse à Londres
– Bavure sur la Côte d’Azur
– Que calor à Barcelone !
– Rumba à Rome
– Embrouille en Bretagne
– Mystério à Rio

Du même illustrateur aux éditions Nathan Jeunesse : 
– Les collection Les apprentis-chercheurs

 

Du même auteur  : 
– 2009 avril : L’Ogre de la Couronne, Les 400 Coups.
– 2009 juin : Dans les griffes du Klan, Le Seuil.
– 2010 juin : Kroko, Le Seuil.
– 2010 septembre : Les enquêtes d’Hector Krine, T1, Les pilleurs de cercueils, Gründ.
– 2011 octobre : Les enquêtes d’Hector Krine, T2, L’affaire Jonathan Harker, Gründ.
– 2012 mai : Il était une fois dans l’Hüld, Oskar.
– 2012 octobre : Les enquêtes d’Hector Krine, T3, Le Maître des hybrides, Gründ.
– 2013 mars : N.H., Oskar.
– 2013 octobre : Capitaine Squelette, Flammarion.
– 2013 octobre : Le mystère du trésor englouti, Imaginemos.
– 2015 & 2016 : UltraMonde (1 et 2) , Seuil.


SOUVENIRS D’ENFANCE : Retrouvez Laurent AUDOUIN et Stéphane TAMAILLON qui nous parlent de leur lectures d’enfance : 

Plein-les-mirettes-sur-TF1-avec-Laurent-Audouin_referenceLire notre interview de Laurent AUDOUIN

ST (c)

Lire notre interview de Stéphane TAMAILLON

 

 

 

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