Plein gris

« Ce qui se passe en mer, reste en mer ».

Préparez-vous à embarquer pour une traversée qui vous laissera des traces.
Impossible de lâcher la lecture, vous vous agripperez aux pages pour tenir le choc sous la houle implacable de l’intrigue. Vous serez submergé.e comme les protagonistes par les émotions et les dangers qu’ils vont rencontrer. Huis clos haletant et humide, ce roman vous prend aux tripes et ne vous laisse que peu de répit pour reprendre votre respiration. On en ressort le corps essoufflé et lessivé, après un combat contre les éléments et les sentiments partagés, un goût amer de sel dans la bouche.

5 adolescents, un groupe un peu à part des autres lycéens, reliés par le charisme énigmatique d’un seul : Clarence. Bientôt le Bac mais avant la dernière ligne droite, la petite bande a réussi à négocier auprès des parents une virée en mer à bord du Céladon, pour rallier l’Irlande depuis leur Bretagne. Si Emma, Clarence, Sam naviguent depuis l’enfance, ce n’est pas le cas de Victor, le dernier à avoir rejoint le clan. La croisière vire brutalement en cauchemar lorsque Clarence, le leader solaire et narcissique que tous admire, est retrouvé mort noyé près de la coque de leur voilier. Tous les secrets de la bande remontent à la surface, les bons comme les plus nauséeux, les rancœurs, les lâchetés, tout ce qui fait et défait un groupe d’êtres en pleine construction. Le niveau d’inquiétude monte d’un cran lorsqu’ils se retrouvent pris dans une tempête dantesque où l’unique objectif est dorénavant la survie, coûte que coûte, remettant en question la force du collectif et exacerbant les tensions. Comment ont-ils pu en arriver là ? Leur amitié insubmersible pourra-t-elle éviter le naufrage ?

Je suis une terrienne qui aime la mer, c’est magnétique, le mouvement des vagues m’hypnotise, cette beauté brute me calme. Mais, c’est avec une peur viscérale que je monte sur un bateau, même si je comprends le plaisir qu’on peut retirer de ne faire qu’un avec le monde de Neptune. Ce fut donc une lecture éprouvante, en apnée parfois tant le rythme est intense, avec des haut-le-cœur souvent, remuée par la subtile construction narrative alternant, en vagues successives, les scènes du passé et la violence des instants présents.

Ce récit remue, réveillant les peurs intimes qui sommeillent en nous, en osmose avec celles d’Emma. Sa voix nous porte tout au long des pages, on est avec elle, on est contre elle, on se débat dans ses tourments et ses angoisses, et elle nous étonne par sa résistance, accrochée à la vie. Marion Brunet dit avec justesse cette adolescence qui cogne contre les parois du monde adulte sans y accoster encore définitivement, ces moments de doutes, ces choix subis qu’on regrette, l’influence du groupe qui vous défini mais vous étouffe parfois, l’amour toxique qui vous aveugle et vous manipule. Mais c’est également, un texte fort qui parle d’amitié, des relations ambiguës, de passion destructrice, d’appétit de vivre, d’une jeunesse fragile mais fougueuse et surtout de la part d’ombre que l’on conserve en chacun de nous.

Joli clin d’œil à Vincent Villeminot et son « Île » que vous laisse la surprise de découvrir au cours du récit.


Autrice : Marion BRUNET
Edition : Pocket Jeunesse , 208 pages, 16,90 euros
Année : Janvier 2021

 

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