Malgré tout

Deux amoureux marchant sur un pont, abrités par leurs parapluies, dans une bulle… L’histoire d’une rencontre, comme l’annonce la couverture. En y regardant de plus près, le décor est trouble, l’image est un reflet. Il faut retourner le livre pour distinguer la partie nette qui est reflétée. Est-ce le reflet d’une réalité ou celui d’un rêve inaccessible ? Tout le principe de la narration propose de répondre à cette question, en remontant l’histoire à l’envers, à rebours, depuis la fin…

L’album s’ouvre sur le chapitre 20, déconcertant et intrigant, d’une efficacité redoutable pour piquer la curiosité. Dès la première planche : c’est un coup de foudre. Ces regards intenses nous accrochent direct pour un voyage qui sera tumultueux, entre deux rives, deux destins que tout devaient rapprocher et pourtant…
Ana, une sexagénaire dynamique, ex-maire fraichement à la retraite après avoir servi corps et âme sa ville.
Zeno, un séduisant libraire-chercheur scientifique aux tempes argentées, voyageur libre et passionné par les étoiles.
Le compte à rebours est lancé au fil des chapitres pour comprendre l’origine de cet amour et les obstacles que ces deux âmes sœurs ont croisés sur leurs chemins entrecroisés.

L’intrigue est ciselée, les dialogues justes. Dès le début, les voix des deux personnages s’incarnent et l’on suit leur parcours comme dans un film.
Le trait est dynamique, la construction en 6 cases systématiques donne la cadence, les cadrages proposent des angles mettant toujours le lecteur au plus près de ces deux êtres inexorablement attirés l’un par l’autre malgré la distance, au cœur de leurs échanges et de leurs confidences intimes. Tout est choisi avec minutie, force détails, un travail sur les couleurs très réussi.
Distances, vies opposées, choix personnels, malgré tout, l’amour palpite. Une histoire d’attraction, une course l’un vers l’autre, où le temps s’étire mais ne se rattrape pas, quoique…

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Sous les arbres T.2

Le frisson de l’hiver

Depuis l’Automne de Monsieur Grumpf, les feuilles ont laissé la place aux flocons de neige… Le blanc manteau de l’hiver a recouvert la forêt et un vent glacial enveloppe les habitants. Rien de mieux qu’une bonne écharpe bien chaude pour éviter les coups de froid ? C’est ce que ce jeune renard imagine, mais c’est sans compter sur une certaine maladresse ou un manque de chance inouïe car chaque tentative pour s’envelopper dans l’étoffe abouti à un échec et surtout à un gros paquet de neige sur la tête.

❄À défaut d’éviter un coup de froid, c’est un coup de foudre que ce prend notre cocasse renard sur la tête après avoir aperçu une ravissante renarde, intriguée par son manège ridicule avec son écharpe. Mais la timidité le rend encore plus maladroit, et chaque approche aboutie à un patatras dans la neige, qui fait bien rire la renarde. Sacrée écharpe de malheur : soit elle le fait tomber, soit elle l’étrangle. Pas simple pour déclarer sa flamme.

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L’épouse de laque

Un conte sur un amour impossible, écrit par Anne Jonas et dont le très grand format fair la part belle aux illustrations aux crayons de couleurs de Andrea Serio .

Des images subjugantes tant pour le choix des cadrages que pour les constructions graphiques et chromatiques. L’immersion dans l’univers est totale, offrant ainsi un voyage sensoriel aux lecteurices, plein de poésie.
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« Anko est un empereur que rien ne satisfait. Ayant toujours tout obtenu, tout possédé, il s’ennuie dans son palais et terrorise ses sujets. Pour apaiser sa colère, il se lance dans des conquêtes effrénées. Ayant pillé un pays après une nouvelle expédition, il découvre dans le palais du roi vaincu un étrange et magnifique portrait : l’épouse du roi en question, qui est morte désormais, et dont il avait fait peindre autrefois le magnifique regard d’amour. Bouleversé, Anko emporte le portrait, le contemple jalousement à l’abri d’un palais secret. Mais le temps passe et le portrait s’effrite… »

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Berlingot et Vermicelle

Quand on les regarde, Berlingot et Vermicelle illustrent bien l’expression « les deux font la paire » malgré leurs différences. Et pourtant, cela n’a pas toujours été une route tranquille pour ces deux chaussures, un peu hors du commun. Pas facile de se parler quand on est en mouvement, les occasions sont rares. Il faut parfois improviser quelques croque-en-jambes aux dépends du propriétaire pour discuter. (Joli clin d’œil à la Paire de Chaussures des contes de la rue Broca).

Il aura fallu un hiver pour que le duo se retrouve au placard, apprenne à mieux se connaître et voit naître des sentiments l’un pour l’autre. Mmmh ça fleure bon l’amour naissant… Mais l’ennui de devoir rester à l’intérieur les pousse à tenter une escapade, seuls, dehors, alors que l’orage gronde.

Fallait-il vraiment s’encombrer d’un parapluie ? Pourquoi partir à droite alors que c’est plus court à gauche ? De mauvaise humeur, le ton monte et la dispute aboutit à une séparation, chacun part de son côté. Et voilà qu’il se met à pleuvoir des cordes, le niveau de l’eau dans le caniveau monte et emporte Berlingot loin de Vermicelle. Elle qui n’avait imaginé mettre un pied devant l’autre sans lui, comment pourrait-elle continuer l’aventure. Arrivera-t-elle à rattraper son alter-godillot ? Pourront-ils s’enlacer à nouveau ? Peut-on s’aimer encore si l’on n’est pas d’accord ?

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Orageuse

Avouez que le goût d’Arpège vous manquait. Son sillage aux effluves de chèvrefeuille, son regard obscur à l’éclat magnétique, cette inéluctable attraction qui vrille les sens et étourdit l’esprit. Violette sait de quoi je parle, au plus profond d’elle.

🌿« Son prénom. Son prénom au bout de la langue. Arpège. Deux syllabes balles de fusils. »

Car la douleur la hante maintenant : une plaie immense qui palpite sans cesse et étouffe sa raison, un supplice qui renait au moindre ressenti de cette fragrance envoûtante, au moindre souvenir de ce pays des Muses où il vit, lui, sans elle.

Déracinée, bancale, incomplète, Violette est désaccordée. Le chagrin d’amour, issu d’une rupture violente et inéluctable, est comme un poison qui la gangraine. Une passion brisée en plein vol, séparant deux mondes, deux êtres, deux corps, deux cœurs. « Cousus l’un à l’autre ».

Il suffit d’un bref regard sur cette couverture dont la sensualité inquiétante électrise un peu pour qu’on replonge, éperdument dans la poésie des mots de Joanne Richoux.

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