Ana Ana – Touffe de poils, drôle d’animal (T19)

Parmi tous les doudous de Ana Ana, j’avoue, j’ai un gros petit faible pour Touffe de poils. Pourquoi ? Pourquoi pas !

Depuis le tout premier album, on suit avec plaisir la vie d’Ana Ana et sa bande de copains doudous tous plus craquants les uns que les autres. Chaque tome est l’occasion d’évoquer, avec tendresse, bienveillance et humour, les moments de la vie quotidienne, les réflexions de l’enfance, la vie qui chatouille et interroge, les relations avec les autres. Une lecture partagée, ou solitaire, qui réchauffe le cœur et invite toujours à la discussion entre parent/passeur et enfants.

Cette fois-ci, coup de projecteur pour l’hilarant et désarmant Touffe de poils, souvent maladroit malgré sa bonne volonté. Pour une fois, Touffe de poils n’est pas avec les autres doudous, il lit un livre sur les animaux dans le canapé, au calme. Voyant défiler différentes espèces, il se pose une question métaphysique : « Les doudous sont tous des animaux, renard, lapin, baleine, mais moi, quel animal suis-je ? » C’est vrai ça tiens !


Étape après étape, il tente de trouver son identité. Touffe de poils est vert, alors quel animal vert peut-il bien être ? Une grenouille ? Booing, aïe, non. Un lézard ? Oups, rien à voir. Une chenille ou une tortue ? Pas gagné non plus. Chaque tentative d’identification est source de catastrophe comme souvent avec ce personnage désopilant. Mais Touffe de poils se sent un peu seul et perdu. Et si partager ses interrogations avec les doudous et Ana Ana pouvaient lui permettre de trouver des réponses ?
Et si finalement, nous étions tous différents, tous des êtres uniques, doudous, animaux et humains, hein Touffe de poils, qu’en penses-tu ?

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Le goût du temps dans la bouche

Quel titre ! Quelle histoire ! Quel plaisir de lecture !

Nico, musicien sensible exilé en Suède à la suite d’un drame qui le hante a coupé toute relation avec sa famille, excepté sa grande-tante Suzanne.

Suzanne, cette femme pleine de tendresse et de courage, qui sait voir au-delà des tourments de la vie et qui va toujours de l’avant, approche des 100 ans.

Une voix d’outre-tombe sortie d’une grotte oubliée s’invite dans le récit en traversant 4 générations, une voix vibrante que personne n’entend, la voix entêtante d’un fantôme qui intrigue.

3 voix majeures, 3 personnages attachants au cœur d’un roman choral qui vous prendront par la main et par le cœur pour vous dire leurs joies, leurs peines, leurs espoirs, tous ces liens tissés à travers le temps malgré les lourds secrets qui ont creusé des traces dans leur peau.

Des années 50 aux années 2000 en passant par les 1970’s, entre mer froide scandinave et plage du Sud-Ouest, Séverine Vidal nous invite à traverser les époques auprès des membres de cette famille pleine de mystères. Autant de chapitres de vies, de souvenirs récoltés qui reconstituent peu à peu leur histoire commune et leurs secrets enfouis.

Forcément quand un livre parle avec tant de justesse des liens du sang, de ces liens qui se tissent et se tendent, de ces liens visibles et invisibles, bridés ou brisés, qui font les individus que nous sommes, alors forcément ce livre trouve le chemin pour toucher profondément.

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Dix

Quelle mécanique narrative implacable ! Quelle brochettes de personnages 
sculptés au scalpel ! Quelle intrigue haletante, sombre, cruelle, glaçante !
Oui, je suis en retard pour crier haut et fort que ce texte est formidable !

Un coup de maître pour ce roman noir qui nous plonge au cœur d’un jeu macabre.

La 4e de couverture l’annonce directement : 1 manoir sur une île, 3 adultes, 7 adolescents, 10 coupables, 1 vengeance.

Ils sont coupés du monde, aucun moyen de communication. Acceptant le deal sans vraiment bien comprendre ce qu’ils vont vivre, les candidats s’apprêtent à s’affronter en prime time dans un jeu de téléréalité. Le jeu a commencé il y a déjà quelques temps, et il n’y aura pas de gagnants.

Chapitre après chapitre, la tension monte entre les personnages vers un malaise insidieux. La peur s’infiltre partout. Les alliances se tissent mais la méfiance est la règle d’or. Leur destin semble lié, inéluctablement.

Quelle efficacité dans la narration, on ne peut pas lâcher le livre, le compte à rebours est lancé dès la première page et le piège dans lequel sont tombés les adversaires est une mécanique bien huilée.

Beaucoup de finesse dans les émotions ressenties par les protagonistes, chacun avec sa part d’ombre et de lumière. Un très joli clin d’œil au titre mythique d’Agatha Christie forcément, et on adore les références distillées subtilement. Le lecteur est tenu en haleine, suit tous les personnages au fur et à mesure, découvre petits à petits leurs secrets terrifiants. Une lecture sur le fil jusqu’à la dernière ligne. Brillant et si noir ! N’attendez pas, ce serait un crime !

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Quatre soeurs

Un dimanche d’automne un peu gris ? Envie du réconfort des mots de Malika Ferdjoukh !

Vous connaissez la famille Verdelaine bien sûr, Charlie, Geneviève, Bettina, Hortense et Enid… Mais également, Basile, Tante Lucrèce et son chien, les deux chats, les parents fantômes et tous les autres personnages qui traversent la Vill’Hervé au fil des saisons : Muguette, Tancrède, Merlin, Désirée et Harry, Tante Jupitère, Vigo… et tant d’autres !

Un régal de se replonger dans l’univers créé par Malika Ferdjoukh revisité par Cati Baur. On s’attache très vite à ces personnalités et se voit bien passer un week-end ou un été au bord de cette falaise, dans cette maison remplie d’amour sororal malgré l’absence des parents décédés. Des tranches de vies trépidantes, entre quête d’identité et rébellion adolescente, secrets de famille et confrontation aux douleurs de la vie.

Personnages hilarants, péripéties en tous genres et dialogues piquants, cette intégrale en BD nous fait (re)découvrir avec bonheur la vie de ces cinq sœurs, leurs amis, leurs amours, leurs humeurs, leur humour… Un pur régal !

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Grand silence

Depuis sa sortie en juin dernier, ce livre me hante. Beaucoup d’avis enthousiastes, des libraires, des lecteurs et pourtant un malaise qui persistait.

Une peur, plutôt. La peur de se confronter à un sujet si grave et qu’il ne faut pourtant absolument pas taire : les violences sexuelles commises sur les enfants.

La postface de Théa Rodjzman est édifiante, les chiffres sont insupportables et pourtant ce roman graphique a trouvé la manière d’aborder le sujet sans voyeurisme ni violence. 

« Sur une île inconnue où vivent des humains qui nous ressemblent, une sorte d’usine géante œuvre depuis toujours. Cette étrange usine a pour mission d’avaler les cris rendus muets des enfants. Elle s’appelle Grand Silence… »

Dès les premières pages, le ton est donné, un parti pris chromatique enveloppant, parfois inquiétant, parfois bienveillant, toujours empreint d’intelligence. Ce « conte » tel qu’il a été défini par l’autrice traite ce sujet si délicat et grave sans brutalité ni complaisance.

Un ouvrage puissant qu’il est nécessaire d’ouvrir pour se plonger dans ces douleurs dont on étouffe les cris et nous aider à libérer la parole, la voie/x qui permettra de dire l’indicible, de dénoncer l’insupportable, d’ouvrir les yeux sur une réalité qui ne devrait pas l’être.

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