Celle que je suis

En Inde, naître fille reste encore un handicap. Terre de modernité, ce pays continent recèle des traditions qui pèsent toujours lourdement. Anoki a 16 ans et vit au sein d’une famille qu’elle croit moderne et juste, des frères qui font des études, voyagent à l’étranger, des filles qui sont encouragées dans leurs apprentissages, et une certaine liberté de parole. Mais même au sein de cette famille aimante et alors qu’elle pense pouvoir choisir son avenir, Anoki se heurte à l’hostilité des siens. Rebelle et furieusement éprise d’une liberté qui la différencie de ceux autour d’elle, Anoki ne lâche rien, son combat sera dur et intense, secrètement partagé par un frère qui la soutient à distance et une petite soeur qui s’affirme déjà.

« Dressée face à eux qui voulaient m’enchaîner, je me cabrais de tout mon corps, de toute mon âme. »

Tout au long de ce récit initiatique, la voix de cette jeune fille se fait l’écho de toutes les femmes du monde, celles qui luttent pour davantage d’égalité, de liberté d’agir et de penser, tout simplement. Tout bouillonne en Anoki, traversée de doutes et d’espoirs. Ses désirs la portent mais prendra-t-elle tous les risques pour vivre tel qu’elle le souhaite, malgré la colère et le mépris de ses parents ? Trouvera-t-elle des alliés parmi ses frères et soeurs ? Et cet amour passionnel qui semble la révéler sera-il possible ? Son souhait vital : être l’actrice de son avenir, mais pourra-t-elle s’affranchir des traditions ?

Un livre à mettre entre les mais de tous les adolescents, filles comme garçons, pour éveiller toujours et encore plus les consciences.

« Jamais je ne m’étais sentie aussi en accord avec moi-même. Convaincue d’aller vers celle que j’étais. »


Autrice : Anne LOYER
Edition : Slalom – 304 pages – 14,90 euros
Année : Novembre 2019

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PLS

Ah, il était attendu ce nouveau roman de Joanne Richoux…

Heureuse de retrouver la musique envoûtante des mots de cette autrice sensible qui sait si bien retranscrire les émotions, les sensations, les tiraillements de l’âme de ces ados qui se frottent au crépis de la vie. « T’es beau, mon rein. » Rien que ça, la force de cet incipit qui vous propulse dans un monde à part et pourtant terriblement réaliste. C’est le monde de Sacha, lors de cette soirée d’Halloween chez lui où il navigue entre soeur jumelle Angie, la fille qu’il aime et ses amis du lycée. De pièce en pièce, il traîne sa mélancolie et noie ses démons dans l’alcool… Entre les ombres qui rôdent et la luminescence de certains êtres magnétiques, le lecteur suit Sacha dans sa descente en mode Spleen, parmi les silhouettes fuyantes, ces invités plus ou moins connus et appréciés, tiraillé entre l’image de soi à donner et la vérité qui cogne contre sa boite crânienne.


C’est le monde du bouillonnement des corps, des jeux de regards, des attirances bouleversantes et des plaisirs furtifs, au plus cru des mots, au plus près de ces grands ado presque adultes, en proie à une solitude collective, toujours en quête de sensations fortes et souvent prêts à tout. Un bad trip ? Pas pour le lecteur qui est totalement happé par l’univers de ces personnages diablement attachants, effrayants parfois, qu’on veut tour à tour protéger et secouer pour les raisonner. « C’est au degré de conneries de certaines phrases qu’on mesure combien quelqu’un nous plait ». Et l’amour ? Il est là, présent à chaque page, comme une urgence, il transpire sous toutes ces formes, sous tous ces questionnements, sous tous ces tâtonnements. Un roman noir aux reflets vibrants d’éclats, une plume vive, inventive qui trouve les accords parfaits pour faire sonner les mots de façon organique, pour déclencher chez le lecteur des sensations tactiles, olfactives, sonores. Chaque chapitre se clôt sur un morceau de musique et cette playlist rythme la narration pour immerger toujours plus le lecteur dans l’univers

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Le bon Antoine

Après La Belle Adèle, on finit le Bon Antoine.

Les tribulations d’un ado qui semble visé par la loi de Murphy. Tag, tig et couches culottes : Antoine est embarqué dans une suite de catastrophes calamiteuses mais carrément désopilantes.

Tout le talent de Marie Desplechin qu’aime tant ma licornette et tout particulièrement quand je lui lis à voix haute. Plaisir toujours renouvelé de ce temps de lecture à deux, si précieux.

 

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Diabolo Fraise

Un sacré coup de cœur…

Pour cette histoire de famille, pour ces histoires de soeurs chacune à une étape clé de leur jeune vie, pour ces histoires de coeurs palpitants qui se découvrent. 

Une plongée dans l’adolescence, cette partition intérieure qui joue ses gammes parfois en mode mineur et vous prend aux tripes, parfois en mode majeur où la lumière surgit et vous acroche un sourire bien haut. 

4 parcours de femme qui n’en font qu’une : Antonia et ses 18 ans face à une maternité surprise, Marieke qui explore sa sexualité et les contrées étranges de sa beauté fatale, Jolène la rebelle dont la peau en mode crépi craquelle devant l’émergence de sentiments forts, et Judy, son entrée en 6e, ses balbutiements hors du monde de l’enfance et le choc pleine face de la cruauté féroce d’un harceleur nuisible. 

On les aime chacune et ensemble, en version solo ou symphonique, elles s’accordent parfaitement. 

Et puis il y a les parents, des pôles qui s’attirent et les encadrent. Un père présent au coeur d’une meute de femmes qui s’épanouissent, chacune à leur rythme, chacune avec leur individualité qui s’affirme, avec une bienveillance réconfortante. Une mère aimante mais qui doute, mais qui sait être présente aux moments décisifs.

Et puis il y a Farès, pivot magistral mais totalement dépassé, touchant car vulnérable. Et puis Quentin, Basile et l’odieux Venceslas, une palette de masculinité en plein bouillonnement.

Farès ferme les vitres par peur que ses rêves ne s’envolent.

Et quel rythme ! Une écriture juste, pleine de tendresse et d’humour, au coeur de la vraie vie. Une vie de femmes confrontées aux petits chaos et aux grands gouffres de l’entrée dans la féminité, aux petits combats solitaires et aux grandes victoires solidaires entre soeurs pour trouver sa place dans la famille, sa place dans la vie tout simplement. 

– C’est quoi, le périnée? glisse Judy en relevant la tête de son magazine.
– Péri, péri…, s’interroge Jolène pour noyer le poisson. Péri, c’est autour, non ? Autour du nez ?

De jolis clins d’oeil à la littérature jeunesse actuelle en bonus ! (De Cape et de Mots, L’aube sera grandiose, Les Petites Reines…)

Un livre au carrefour de 4 vies qui débutent, 4 personnalités diablement attachantes. 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette délicieuse et pétillante découverte. À consommer sans modération…

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Cheval Océan

Quel coup à l’estomac…

Je cherche encore mon souffle en refermant la dernière page de cette nouvelle qui me vrille le cœur. En quelques pages, la voix d’Angela m’a emportée avec elle sur cette plage, face à cet océan tumultueux, fougueux témoin du basculement de sa vie.

Un silence qui hurle à faire saigner, un cri étouffé qui résonne encore, une douleur sourde qui enferme les mots alors qu’il faudrait rugir pour que cela n’arrive plus. Dans quel monde vivons nous pour que l’enfance et son insouciance soir fauchées en quelques minutes par les plus abjectes. 

D’une seule voix, Stéphane Servant nous livre la confession de cette jeune fille entre deux mondes, celui de ses rêves d’enfance  et celui des cauchemars de sa réalité. Entre deux rives, elle dérive. La fureur de l’océan, le lieu du rendez vous qu’elle s’était donné de rejoindre en mémoire de sa grand- mère, lui ouvre ses bras, tragiquement. L’espoir d’un nouvel envol…

Un récit d’une féroce envie de vivre malgré tout. 

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