Décomposée

Piquée au vif
par l’arrivée de Clémentine Beauvais dans la collection L’iconopop,
ma curiosité fût plus que récompensée.

Harponnée par l’idée que la célèbre « Charogne »
décrite par Baudelaire dans ce poème fondateur puisse prendre la parole,
j’ai été envoûtée par cette voix profonde si incarnée.

Au détour de ce sentier, Charles et sa muse Jeanne croisent une carcasse en décomposition. Mais ce sont les mots de cette être pourrissant, dont les bêtes grignotent les miettes et que la nature avale inexorablement qui nous arrivent. Cette voix qui « dit » Grâce. Littéralement. La voix de cette femme déterminée, Grâce, qui, du fond du peu de chair qui lui reste, confie sa vie à cette âme sœur inespérée, Jeanne.

Jeanne écoute la voix de Grâce, dévouée à la cause des femmes, qu’elle a l’impression de comprendre, étape de vie après étape de vie. Depuis la brutalité de l’enfance où elle est un rempart pour ses petites sœurs, l’arrivée en ville dans une maison close où « ces amies sont comme des sœurs », ses talents pour manier l’aiguille en tant que couturière de tissus le jour et réparatrice de chairs la nuit, ou encore bouleversante faiseuse d’anges et grande griffue vengeresse des oubliées. Une vie de sacrifice. Une voix criante de liberté.

Il n’y a pas de plus intense voyage que celui que permet le pouvoir de l’imaginaire dans l’écriture. Quel point de vue brillant, quelle virtuosité dans l’enchâssement des récits : confidence personnelle, souvenirs, dialogues entre les personnages, mêlant roman, polar et théâtre. Le tout cadencé par le rythme des vers libres, dont les sonorités entrent subtilement en résonnance et dont la musicalité est renforcée par les jeux graphiques de la mise en mots. Jubilatoire ! Un texte habillement ciselé qui se lit, s’écoute et s‘admire comme une œuvre multisensorielle.

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Le chapeau charmant

Avez-vous pris le temps d’observer les nuages récemment, en marchant le nez en l’air ou allongé dans l’herbe ? Un plaisir d’enfance facilement ré-appropriable si vous vous laissez le temps de ce voyage imaginaire. C’est ce que fait cette petite fille pour chasser l’ennui, en cette fin d’été dans ce parc où la chaleur est assommante.

Quand soudain, zouim, elle glisse sur un chapeau. Etrange ce chapeau abandonné. Qui l’a oublié ? S’ouvre alors pour elle le champs des possibles pour cet objet anodin. Elle lui invente plusieurs vies : un grand-père l’aurait perdu pendant sa sieste ? Un gondolier de Venise en voyage à Paris l’aurait égaré en traversant le parc ? Une musicienne qui s’en servait pour récolter quelques sous l’aurait oublié pour rejoindre un admirateur ?


Le lendemain, le chapeau mystérieux est toujours à sa place, l’occasion pour elle de s’imaginer danseuse de claquette ou funambule le chapeau à la main. Elle le respire, et là par magie lui reviennent les mots de son oncle poète. Mais l’orage gronde bientôt. Que va devenir le chapeau sous la pluie ? Pour le savoir, il faudra lire ce roman court si touchant, qui dit combien notre part d’imaginaire fait notre richesse intérieure et que les surprises peuvent surgir au détour d’une branche de prunus.

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Imbattable (T.3)

Vous le reconnaissez avec son costume jaune et noir, son masque et sa cape ? Et surtout avec sa manière toujours aussi incroyable de se sortir des situations les plus complexes et d’empêcher les vilains de nuire ? Oui, c’est bien lui, « le seul véritable super-héros de bande dessinée » : Imbattable.

Assisté de son fidèle stagiaire Toudi et de Jean-Pierre le gendarme, notre super-héros repart combattre les malfrats en se jouant de la 2e dimension. Rien ne l’arrête, et surtout pas les limites des cases de la planche.

Eteindre un incendie : pas de souci avec un verre de grenadine ! Arrêter un voleur en manque d’affection capable de se trouver à plusieurs endroits dans la même case : les doigts dans le nez quand on maîtrise l’espace-temps. Neutraliser un savant fou et son robot aux ondes destructrices : hmm un peu plus compliqué mais on peut compter sur l’intelligence subtile d’Imbattable pour retourner les attaques diaboliques contre leur créateur, au risque de sortir du cadre.

Encore une fois, cette BD tient du génie ! Pascal Jousselin, jamais à court d’idées, construit un univers unique où la créativité scénaristique et graphique s’exprime en toute liberté. Il jongle avec les codes visuels, faisant ainsi de la bande-dessinée un espace ludique et innovant. Toujours avec humour et subtilité, il démontre encore une fois les possibilités infinies que le format BD peut offrir en termes de gags visuels.

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Lettre à toi qui m’aimes

« Regarde-moi clairement un instant :
entre nous, il y a un paquet de trucs qui n’arriveront jamais. »

Comment savoir si on se plait ? Et quand l’amour est à sens unique, que faire, que dire ? Faut-il briser le cœur dans l’œuf avant qu’il ne saigne ?

Pénélope, Dudley et Jobs recrutent un nouveau guitariste pour répéter avec leur groupe hors du lycée. Yliès, un ténébreux et énigmatique métalleux aux yeux de velours. Or l’amour s’invite dans cette bande de potes : Yliès aime Penny mais ce n’est pas réciproque. Si Penny joue avec les limites au début, elle sait vite que rien ne se fera. Yliès se pâme, Penny tente d’éteindre les feux mais le poids de ce amour obsessionnel et unilatéral est étouffant.

C’est une voix qui parle tout au long de ce récit hybride, entre roman épistolaire et journal intime, échanges sms ou mails, dialogues et réflexions intérieures. C’est la voix de celle qui n’aime pas, point de vue inédit qui démonte les archétypes du roman d’amour.

Quel rythme, quelle musicalité dans l’écriture où chaque phrase ciselée comme un poésie convoque les émotions, fait vibrer les cordes sensibles et percute avec justesse ! Une non-liaison dangereusement inflammable, une confession intime de celle qui n’aime pas vers celui qui se meurt d’amour, amante inaccessible et amoureux transi friendzoné. Je n’ai pas lu ce texte, j’ai écouté Penny me le murmurer avec sa voix de bourreau inconscient qui a pris tout l’espace sonore dans ma tête. Un récit en vers libres qui pulse, à vivre d’une traite.

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Et qui de mieux que les personnages du roman pouvaient poser des questions à l’autrice sur son ouvrage ? Impossible ? Carrément possible ! Une interview exclusive de Julia Thévenot par Pénélope, Yliès et Dudley en personnes.

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Quand Dehors t’appelle

Plus que jamais aujourd’hui, nous ressentons ce besoin d’air, de renouer avec la nature, de s’emplir du dehors, si indispensable à nos vies.

« Autrefois, nous faisions partie du Dehors et le Dehors faisait partie de nous. Rien ne nous séparait ».

« Maintenant, parfois même quand tu es Dehors, tu es dedans. Tu oublies que le Dehors est là. C’est pourquoi le Dehors te rappelle sans cesse sa présence… »

Peut-être avez-vous l’opportunité de toucher du bout des doigts la nature chaque jour, une chance qu’on oublie trop souvent. Heureusement, cette nature se rappelle à nous régulièrement, elle nous entoure, nous parle, pour celles et ceux qui savent l’écouter et en prendre soin.

C’est ce que ce sublime album nous invite à faire : prendre conscience de l’environnement extérieur, présent dans notre quotidien et renouer avec l’origine naturelle des choses. Avec poésie, on suit le cheminement contemplatif de cette petite fille qui s’émerveille de découvrir la nature partout autour d’elle.

Pour profiter de ces instants, il faut savoir regarder avec des yeux d’enfants, admirer les jeux de lumière à travers la fenêtre, suivre la naissance d’un papillon, écouter le bruissement dans les branches comme une chanson ou les pas d’un oiseau qui sautille sur le toit, sentir ces effluves printanières qui nous transportent loin.

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