Les enfants véritables

La lecture du précédent roman, « Il est juste que les forts soient frappés », m’avait profondément marquée, au point que la voix des personnages résonnaient encore dans mon esprit.

Une histoire d’amour troublante, familiale et intime, urgente et douloureuse, glaçante et lumineuse pourtant. Et cette voix, ce point de vue externe qui permet de faire le tour des situations, d’entrer dans le cœur des personnages comme de prendre de la hauteur pour mieux les comprendre. Un récit vibrant en somme. D’où le désir de retrouver rapidement Théo et ses proches.
Alors, ce fut une plongée auprès de ces « enfants véritables », un titre qui interroge chacun de nous finalement.

On retrouve Cléo qui a rencontré Théo, deux accidentés de la vie, bien décidés à lutter pour leur droit au bonheur. Chacun avec ses blessures et ses failles, chacun en reconstruction finalement. Il est question d’amour encore, forcément car il pulse au fil des pages, dans ce récit autour de la vie et des proches de Cléo et de Théo. Mais il est surtout question des liens entre parents et enfants, plus puissants que juste ceux du sang.

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Il est juste que les forts soient frappés

Enfin je me plonge dans ce texte, il me fallait trouver le bon moment. Car je sens que ce livre va me serrer le coeur et les tripes. Je veux croire en cette « redoutable puissance du bonheur ».

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Et voilà, tout juste fini : je vis très souvent intensément mes lectures, comme des expériences de vie qui construisent, qui posent des petites briques au fut et à mesure, soit d’une maison soit d’une route. Le souffle de ce texte m’a emporté, bouleversée par les épreuves de ces personnes rencontrées entre les pages et suivies ligne après ligne. Des larmes arrachées, la gorge serrée car cette voix sonne si juste, si vraie, troublante de vibrations de sursauts de vie et d’espoir. Quel texte ! Touchée en plein coeur. 🙏

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La Dame Blanche

Estelle est une jeune femme d’une trentaine d’année. Infirmière dans la maison de retraite « Les Coquelicots », elle accompagne les résidents, ceux en fin de vie comme ceux touchés par la maladie d’Alzheimer.

Attentive à leurs besoins au quotidien, elle jongle entre les soins, des parties de cartes et les patients qui s’éteignent dans la solitude. Avec beaucoup de douceur, de bienveillance et de dévouement, elle n’hésite pas à tisser des liens forts et intimes avec ces femmes et ces hommes fragilisés. Son investissement est de plus en plus fort chaque jour, un risque de se perdre elle-même ?

« On est les dernières personnes qu’ils vont voir avant de mourir ».

Après « Appelez-moi Nathan », écrit par Catherine Castro, c’est avec plaisir qu’on retrouve le travail sensible de Quentin Zuttion pour un sujet important, encore une fois traité avec beaucoup de justesse et de pudeur.
Qui sont ces Dames Blanches de l’ombre, celles et ceux qui s’occupent de nos anciens et qu’on considère parfois comme faisant partie du décor? Qui prend soin d’elles, d’eux ?  

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Le goût du temps dans la bouche

Quel titre ! Quelle histoire ! Quel plaisir de lecture !

Nico, musicien sensible exilé en Suède à la suite d’un drame qui le hante a coupé toute relation avec sa famille, excepté sa grande-tante Suzanne.

Suzanne, cette femme pleine de tendresse et de courage, qui sait voir au-delà des tourments de la vie et qui va toujours de l’avant, approche des 100 ans.

Une voix d’outre-tombe sortie d’une grotte oubliée s’invite dans le récit en traversant 4 générations, une voix vibrante que personne n’entend, la voix entêtante d’un fantôme qui intrigue.

3 voix majeures, 3 personnages attachants au cœur d’un roman choral qui vous prendront par la main et par le cœur pour vous dire leurs joies, leurs peines, leurs espoirs, tous ces liens tissés à travers le temps malgré les lourds secrets qui ont creusé des traces dans leur peau.

Des années 50 aux années 2000 en passant par les 1970’s, entre mer froide scandinave et plage du Sud-Ouest, Séverine Vidal nous invite à traverser les époques auprès des membres de cette famille pleine de mystères. Autant de chapitres de vies, de souvenirs récoltés qui reconstituent peu à peu leur histoire commune et leurs secrets enfouis.

Forcément quand un livre parle avec tant de justesse des liens du sang, de ces liens qui se tissent et se tendent, de ces liens visibles et invisibles, bridés ou brisés, qui font les individus que nous sommes, alors forcément ce livre trouve le chemin pour toucher profondément.

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Grand silence

Depuis sa sortie en juin dernier, ce livre me hante. Beaucoup d’avis enthousiastes, des libraires, des lecteurs et pourtant un malaise qui persistait.

Une peur, plutôt. La peur de se confronter à un sujet si grave et qu’il ne faut pourtant absolument pas taire : les violences sexuelles commises sur les enfants.

La postface de Théa Rodjzman est édifiante, les chiffres sont insupportables et pourtant ce roman graphique a trouvé la manière d’aborder le sujet sans voyeurisme ni violence. 

« Sur une île inconnue où vivent des humains qui nous ressemblent, une sorte d’usine géante œuvre depuis toujours. Cette étrange usine a pour mission d’avaler les cris rendus muets des enfants. Elle s’appelle Grand Silence… »

Dès les premières pages, le ton est donné, un parti pris chromatique enveloppant, parfois inquiétant, parfois bienveillant, toujours empreint d’intelligence. Ce « conte » tel qu’il a été défini par l’autrice traite ce sujet si délicat et grave sans brutalité ni complaisance.

Un ouvrage puissant qu’il est nécessaire d’ouvrir pour se plonger dans ces douleurs dont on étouffe les cris et nous aider à libérer la parole, la voie/x qui permettra de dire l’indicible, de dénoncer l’insupportable, d’ouvrir les yeux sur une réalité qui ne devrait pas l’être.

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