L’enfant Océan

Retour de bibliothèque avec la version adaptée du magnifique texte de Jean-Claude Mourlevat.

Chacune et chacun aura construit sa représentation de Yann et ses 6 frères aînés, tous jumeaux, lors de la lecture du roman. Forcément différente. Chacune et chacun en aura donc un souvenir personnel car ce récit aura convoqué en chacune et chacun des images intimes, des moments de vie personnels mais également une mémoire collective, celle du conte du Petit Poucet, bien évidement.

Comme dans le roman, l’épopée de Yann et de ses frères est raconté par plusieurs personnages. De l’assistante sociale au gendarme, en passant par les parents, les jumeaux, le chauffeur routier ou le petit Yann… 21 narrateurs racontent tour à tour un morceau (et leur version) de l’histoire…

L’univers créé par Maxe L’Hermenier et Steven Dhondt apporte un éclairage sensible, très touchant. La narration est bien orchestrée et le regard de ce petit Yann tendu vers cet océan salvateur empreint d’une émotion réelle.

Cela m’a donné envie de relire le roman.

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Le ciel est à tout le monde

Il est des livres qui vous secouent par surprise, vous ouvrent le cœur et vous laissent sans voix, la gorge serrée et les yeux humides.

Ethan Claudel a 11 ans et c’est lui qui nous raconte son histoire, avec ses mots à lui, simples et directs, d’une manière totalement bouleversante. Dès la première page, le cadre est posé : une famille dysfonctionnelle où les parents démissionnaires abandonnent Ethan et son frère Yaël 16 ans, à leur propre sort. Très vite cette autonomie est rattrapée par la réalité et les deux frères sont placés en foyer, mais séparément.

« La vie n’est pas une ligne continue. »

Ethan souffre, profondément. Malgré les amitiés qu’il noue dans ce centre, notamment avec sa voisine de chambre Medeea toujours prête à l’aider ou Etienne l’éducateur moustachu sympathique, l’absence de Yaël mine Ethan mentalement et physiquement. Pour preuve, ces crises « d’excedemal » si justement nommées qui témoignent sous forme de plaques géographiques sur son corps combien il est mal dans sa peau. Et ce ne sont pas les séjours en famille d’accueil qui peuvent combler ce manque d’amour fraternel.

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Le Jardin, Paris

Dès la parution en teasing des premières planches, j’avais suivi de près la sortie de ce roman graphique dont le style graphique m’avait envouté. Et c’est un grand coup de cœur.

Dès la couverture, vous êtes plongé.e dans les années 20, à Paris. Cette lampe Art déco et la lumière derrière le rideau de velours rouge annoncent la couleur et le sujet. Un cabaret nommée « Le Jardin » où toutes les femmes portent un nom de fleur et ont chacune une place particulière.

Cette silhouette en coulisses, un brin timide mais déterminée, est celle de Rose, un jeune garçon de 19 ans qui va se lancer sur les planches. Car, comme toutes les filles qu’il fréquente depuis sa naissance au cabaret dirigé par sa mère, Rose veut danser et se produire sur scène devant un public, c’est plus fort que lui et il est doué.

Si la renommée du « Jardin » n’est plus à faire, le talent de Rose est vite remarqué et devient l’attraction principale. Bien entourée par les Fleurs, Rose baigne dans une ambiance familiale, chaleureuse et protectrice. La solidarité est naturelle.

Quand Rose danse, il n’est pas « lui » ou « elle », c’est au-delà de cela, Rose emporte dans ses mouvements l’âme du public qui est touché par tant d’émotions, et particulièrement Aimé. Le « petit bourgeon » est en train d’éclore et c’est émouvant.

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J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle

Dès la 4e de couverture, le ton est donné. Il n’y a pas d’échappatoire et l’on reste sans voix devant le constat glacial d’Efi : elle a 14 ans et comprend en quelques pages que son destin n’est plus entre ses mains, sa famille a décidé de la marier.
 
“En rentrant du collège ce jour-là, assise sur la mobylette d’oncle Blabla, même si j’ai mal aux fesses et que le chemin n’en finit pas sous le soleil qui devant nous rougeoie, je suis convaincue que le monde m’appartient. J’ignore encore que je me trompe et que c’est moi qui, depuis ma naissance, lui appartiens.”
 
Au fil des pages, la désillusion s’empare d’Efi. Elle ne comprend pas : ses parents l’ont envoyé faire des études, pour avoir une autre vie. Mais au retour chez elle pour les vacances après 6 mois d’absence, tout bascule et ses rêves s’écroulent. Le poids de la tradition, la fin de l’innocence, ses rêves d’avenir s’effondrent. Après l’incompréhension et la sidération, la peur s’installe, puis la révolte monte. Trahie, par sa propre famille. Devenue une marchandise. C’est impossible, le goût de la liberté est plus fort, il faut réagir. Mais comment ? Le temps presse et l’étau se resserre sur ce qui lui restait d’espoir d’un éventuel retournement de situation.

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Malgré tout

Deux amoureux marchant sur un pont, abrités par leurs parapluies, dans une bulle… L’histoire d’une rencontre, comme l’annonce la couverture. En y regardant de plus près, le décor est trouble, l’image est un reflet. Il faut retourner le livre pour distinguer la partie nette qui est reflétée. Est-ce le reflet d’une réalité ou celui d’un rêve inaccessible ? Tout le principe de la narration propose de répondre à cette question, en remontant l’histoire à l’envers, à rebours, depuis la fin…

L’album s’ouvre sur le chapitre 20, déconcertant et intrigant, d’une efficacité redoutable pour piquer la curiosité. Dès la première planche : c’est un coup de foudre. Ces regards intenses nous accrochent direct pour un voyage qui sera tumultueux, entre deux rives, deux destins que tout devaient rapprocher et pourtant…
Ana, une sexagénaire dynamique, ex-maire fraichement à la retraite après avoir servi corps et âme sa ville.
Zeno, un séduisant libraire-chercheur scientifique aux tempes argentées, voyageur libre et passionné par les étoiles.
Le compte à rebours est lancé au fil des chapitres pour comprendre l’origine de cet amour et les obstacles que ces deux âmes sœurs ont croisés sur leurs chemins entrecroisés.

L’intrigue est ciselée, les dialogues justes. Dès le début, les voix des deux personnages s’incarnent et l’on suit leur parcours comme dans un film.
Le trait est dynamique, la construction en 6 cases systématiques donne la cadence, les cadrages proposent des angles mettant toujours le lecteur au plus près de ces deux êtres inexorablement attirés l’un par l’autre malgré la distance, au cœur de leurs échanges et de leurs confidences intimes. Tout est choisi avec minutie, force détails, un travail sur les couleurs très réussi.
Distances, vies opposées, choix personnels, malgré tout, l’amour palpite. Une histoire d’attraction, une course l’un vers l’autre, où le temps s’étire mais ne se rattrape pas, quoique…

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