Berlingot et Vermicelle

Quand on les regarde, Berlingot et Vermicelle illustrent bien l’expression « les deux font la paire » malgré leurs différences. Et pourtant, cela n’a pas toujours été une route tranquille pour ces deux chaussures, un peu hors du commun. Pas facile de se parler quand on est en mouvement, les occasions sont rares. Il faut parfois improviser quelques croque-en-jambes aux dépends du propriétaire pour discuter. (Joli clin d’œil à la Paire de Chaussures des contes de la rue Broca).

Il aura fallu un hiver pour que le duo se retrouve au placard, apprenne à mieux se connaître et voit naître des sentiments l’un pour l’autre. Mmmh ça fleure bon l’amour naissant… Mais l’ennui de devoir rester à l’intérieur les pousse à tenter une escapade, seuls, dehors, alors que l’orage gronde.

Fallait-il vraiment s’encombrer d’un parapluie ? Pourquoi partir à droite alors que c’est plus court à gauche ? De mauvaise humeur, le ton monte et la dispute aboutit à une séparation, chacun part de son côté. Et voilà qu’il se met à pleuvoir des cordes, le niveau de l’eau dans le caniveau monte et emporte Berlingot loin de Vermicelle. Elle qui n’avait imaginé mettre un pied devant l’autre sans lui, comment pourrait-elle continuer l’aventure. Arrivera-t-elle à rattraper son alter-godillot ? Pourront-ils s’enlacer à nouveau ? Peut-on s’aimer encore si l’on n’est pas d’accord ?

Continue Reading

Orageuse

Avouez que le goût d’Arpège vous manquait. Son sillage aux effluves de chèvrefeuille, son regard obscur à l’éclat magnétique, cette inéluctable attraction qui vrille les sens et étourdit l’esprit. Violette sait de quoi je parle, au plus profond d’elle.

🌿« Son prénom. Son prénom au bout de la langue. Arpège. Deux syllabes balles de fusils. »

Car la douleur la hante maintenant : une plaie immense qui palpite sans cesse et étouffe sa raison, un supplice qui renait au moindre ressenti de cette fragrance envoûtante, au moindre souvenir de ce pays des Muses où il vit, lui, sans elle.

Déracinée, bancale, incomplète, Violette est désaccordée. Le chagrin d’amour, issu d’une rupture violente et inéluctable, est comme un poison qui la gangraine. Une passion brisée en plein vol, séparant deux mondes, deux êtres, deux corps, deux cœurs. « Cousus l’un à l’autre ».

Il suffit d’un bref regard sur cette couverture dont la sensualité inquiétante électrise un peu pour qu’on replonge, éperdument dans la poésie des mots de Joanne Richoux.

Continue Reading

Jeannot

Ayant suivi semaine après semaine la création des illustrations de Carole Maurel , j’attendais avec impatience de tenir entre mes mains les pages de l’univers de Jeannot, ce nouveau personnage créé par Loïc Clément.

Après Chaussette, Le Voleur de souhaits et Chaque jour Dracula, voici donc l’histoire d’un autre conte des cœurs perdus.

🍃 Avant, pour Jeannot, la vie était belle, simple, heureuse. Et puis après un drame terrible, sa vie bascule. Phénomène étrange, à partir de ce moment là, il se met à entendre ce que disent les plantes, les arbres.

Devient-il fou ou entend-il réellement ces voix végétales ? Cela pourrait paraître féérique, mais pour Jeannot c’est une malédiction, tant leur paroles lui semblent inutiles, voire nuisibles : « bêtes comme leurs racines ».

Continue Reading

En plein vol

Sous les pavés, la rage…

Après Quand vient la vague, le duo Forgetton/Tixier nous embarque à nouveau aux côtés de la bande de Nina, Romane, Jules, Clément… Un roman toujours à deux voix, au rythme de deux vies, au carrefour d’une histoire commune, encore une fois. Entre les ruelles parisiennes et les échos de l’océan atlantique. Entre ombres et lumières.

La voix rebelle de Jules, écorché vif, compagnon de fugue de Nina, ivre de colère contre le monde qui lui semble en faillite. La voix intériorisée de Romane, sur les traces de ce personnage pilier qui a permis à son amie Nina de trouver sa voie, éblouie par l’autre côté du miroir que lui reflète Jules, réveillée par un monde qu’elle ignorait. Car il est question de voies, de cheminements personnels, de trajets de vies percutées par le fracas de la réalité.

Continue Reading

PLS

Ah, il était attendu ce nouveau roman de Joanne Richoux…

Heureuse de retrouver la musique envoûtante des mots de cette autrice sensible qui sait si bien retranscrire les émotions, les sensations, les tiraillements de l’âme de ces ados qui se frottent au crépis de la vie. « T’es beau, mon rein. » Rien que ça, la force de cet incipit qui vous propulse dans un monde à part et pourtant terriblement réaliste. C’est le monde de Sacha, lors de cette soirée d’Halloween chez lui où il navigue entre soeur jumelle Angie, la fille qu’il aime et ses amis du lycée. De pièce en pièce, il traîne sa mélancolie et noie ses démons dans l’alcool… Entre les ombres qui rôdent et la luminescence de certains êtres magnétiques, le lecteur suit Sacha dans sa descente en mode Spleen, parmi les silhouettes fuyantes, ces invités plus ou moins connus et appréciés, tiraillé entre l’image de soi à donner et la vérité qui cogne contre sa boite crânienne.


C’est le monde du bouillonnement des corps, des jeux de regards, des attirances bouleversantes et des plaisirs furtifs, au plus cru des mots, au plus près de ces grands ado presque adultes, en proie à une solitude collective, toujours en quête de sensations fortes et souvent prêts à tout. Un bad trip ? Pas pour le lecteur qui est totalement happé par l’univers de ces personnages diablement attachants, effrayants parfois, qu’on veut tour à tour protéger et secouer pour les raisonner. « C’est au degré de conneries de certaines phrases qu’on mesure combien quelqu’un nous plait ». Et l’amour ? Il est là, présent à chaque page, comme une urgence, il transpire sous toutes ces formes, sous tous ces questionnements, sous tous ces tâtonnements. Un roman noir aux reflets vibrants d’éclats, une plume vive, inventive qui trouve les accords parfaits pour faire sonner les mots de façon organique, pour déclencher chez le lecteur des sensations tactiles, olfactives, sonores. Chaque chapitre se clôt sur un morceau de musique et cette playlist rythme la narration pour immerger toujours plus le lecteur dans l’univers

Continue Reading