{"id":5832,"date":"2021-01-24T17:01:35","date_gmt":"2021-01-24T16:01:35","guid":{"rendered":"http:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/?p=5832"},"modified":"2021-01-24T17:44:11","modified_gmt":"2021-01-24T16:44:11","slug":"le-plongeon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/2021\/01\/24\/le-plongeon\/","title":{"rendered":"Le plongeon"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Couv-Le-plongeon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5834\" width=\"212\" height=\"287\" srcset=\"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Couv-Le-plongeon.jpg 292w, https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Couv-Le-plongeon-222x300.jpg 222w\" sizes=\"(max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Depuis La Maison de la Plage, j\u2019attendais avec impatience la nouvelle collaboration entre S\u00e9verine Vidal et Victor L. Pinel. La couverture r\u00e9v\u00e9l\u00e9e en amont avait \u00e9t\u00e9 d\u2019une force, tant pour le titre que pour l\u2019illustration, que la rencontre avec les personnages du Plongeon devenait urgente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 80 ans, Yvonne Lhermitte &#8211; dont le nom \u00e9voque douloureusement sa situation &#8211; vit seule dans sa grande maison vide. La solitude qui p\u00e8se depuis le d\u00e9c\u00e8s de son mari, ce corps qui se fait plus douloureux, les enfants et les petits-enfants qui se font de plus en plus rares, et ce sentiment que la m\u00e9moire est en train de la l\u00e2cher, elle aussi. Terriblement angoissant. Terriblement inexorable&nbsp;? Alors, \u00e0 contre c\u0153ur, elle abandonne 40 ans de sa vie pour aller l\u00e0-bas. L\u00e0 o\u00f9 on&nbsp;regroupe les \u00ab&nbsp;anciens&nbsp;\u00bb, ceux qui ne peuvent plus continuer seuls, ceux dont la famille ne peut plus s\u2019occuper, ceux qui ont d\u00e9croch\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: en EHPAD.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce changement de vie est rude pour cette femme ind\u00e9pendante, encore bien consciente que cette nouvelle vie la rapproche in\u00e9vitablement de la mort. Ce n\u2019est pas un tournant, c\u2019est la derni\u00e8re ligne droite, et c\u2019est d\u2019autant plus bouleversant.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9verine Vidal est une alchimiste qui sait faire surgir l\u2019\u00e9motion pure quel que soit le format qu\u2019elle touche des doigts&nbsp;: roman, nouvelle, album, BD\u2026 La triste actualit\u00e9 de la vie en EHPAD aujourd\u2019hui fait \u00e9cho \u00e0 ce que vit Yvonne, et nous rappelle combien la vie passe vite.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre rires et larmes, ce roman graphique se lit le c\u0153ur serr\u00e9. L\u2019\u00e9motion vous prend d\u00e8s les premi\u00e8res pages&nbsp;: le regard d\u2019Yvonne sur sa chienne Bellouche dont elle se s\u00e9pare, le dernier claquement de la porte d\u2019entr\u00e9e qu\u2019elle n\u2019ouvrira plus, ses doigts sur cette glycine qu\u2019elle ne respirera plus. Il va falloir s\u2019accrocher car ces \u00e9vocations pleines de pudeur serrent d\u00e9j\u00e0 la gorge et humidifient le regard. La douleur d\u2019Yvonne face \u00e0 cette s\u00e9paration d\u00e9finitive est vive. Si elle la cache \u00e0 ses proches, elle confie au lecteur ses pens\u00e9es intimes, comme une lettre d\u2019adieu, expliquant combien elle a \u00e9t\u00e9 heureuse dans cette maison&nbsp;: un mariage, des enfants, une vie familiale remplie avec le temps qui file sans qu\u2019on s\u2019en rende compte. Et puis, la perte de cet \u00eatre cher et le sentiment \u00ab&nbsp;d\u2019avancer en manquant de tomber \u00e0 chaque pas&nbsp;\u00bb. Elle n\u2019aura plus rien ici, alors elle part.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le temps d\u2019arriver aux \u00ab&nbsp;Mimosas&nbsp;\u00bb avec ses enfants, de s\u2019installer dans sa petite chambre avec le peu d\u2019affaires qu\u2019elle a pu conserver, elle garde le sourire, pour eux. Et puis, une fois partis, la souffrance est encore plus vive. D\u00e9racin\u00e9e, abandonn\u00e9e, oubli\u00e9e bient\u00f4t\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se sent d\u00e9cal\u00e9e parmi tous ces r\u00e9sidents r\u00e9sign\u00e9s mais elle s\u2019accroche. L\u2019humour est son syst\u00e8me d\u2019autod\u00e9fense. V\u00e9ritable trublion un peu provocateur, elle soude un petit groupe autour d\u2019elle, d\u2019autres \u00ab&nbsp;caboss\u00e9s&nbsp;\u00bb dont la petite flamme de vie bouge encore. Mais au fil des pages, le rythme se ralentit pour Yvonne, des temps d\u2019absences de plus en plus longs, de plus en plus loin. Perdue, elle a le sentiment de sombrer ind\u00e9finiment. Un plongeon sans retour, sous le niveau de la vie, de plus en plus profond vers les ab\u00eemes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, l\u2019amour surgit, sans pr\u00e9venir, comme un sursaut de vie, et Yvonne retrouve le plaisir du m\u00e9lange des peaux avec celui qui la \u00ab&nbsp;rattrape dans sa chute&nbsp;\u00bb. Et puis, il y a aussi les \u00ab&nbsp;copains&nbsp;\u00bb, la petite bande de \u00ab&nbsp;survivants&nbsp;\u00bb que l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Yvonne et sa soif de libert\u00e9 a r\u00e9veill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu d\u2019espoir, d\u2019insouciance, comme un pied de nez \u00e0 la mort qui s\u2019\u00e9loigne le temps des plaisirs partag\u00e9s. On sourit avec eux mais on serre aussi les dents devant leur fragilit\u00e9, les larmes ne sont jamais loin.<\/p>\n\n\n\n<p>En marge des dialogues qui disent le quotidien parfois gla\u00e7ant, le r\u00e9cit est jalonn\u00e9 de confidences intimes sur cette \u00ab&nbsp;chute&nbsp;\u00bb, installant une relation de connivence avec le lecteur, qui, m\u00eame s\u2019il se sent impuissant face \u00e0 ce que ressent Yvonne, entretient un lien invisible avec elle. Gr\u00e2ce \u00e0 la plume de S\u00e9verine Vidal et au trait de Victor L. Pinel, Yvonne \u00ab&nbsp;\u00e9crit&nbsp;\u00bb ses m\u00e9moires avant que celle-ci s\u2019\u00e9vapore totalement, laissant le lecteur d\u00e9positaire de cette m\u00e9moire pour ne pas qu\u2019on l\u2019oublie.<\/p>\n\n\n\n<p>Effectivement, on n\u2019oubliera pas Yvonne car elle r\u00e9veille chez chacun le souvenir de ces \u00ab&nbsp;proches&nbsp;\u00bb qui sont maintenant bien \u00ab&nbsp;loin&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette histoire r\u00e9sonne particuli\u00e8rement pour moi dont les grand-m\u00e8res s\u2019appelaient Yvonne et Odette, des femmes \u00e9galement d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture de cet \u00e9mouvante BD a fait r\u00e9sonner d\u2019autres ouvrages qui \u00e9voquent les tourments de la vieillesse et la perte de soi progressive : Les Gratitudes de Delphine de Vigan, Aux ordres du c\u0153ur de Fabrice Colin, Les Vieux Fourneaux de&nbsp;Lupano &amp;&nbsp;Cauuet, \u00c2ge tendre de Cl\u00e9mentine Beauvais et le r\u00e9cent Ne m\u2019oublie pas de Alix Garin.<\/p>\n\n\n\n<p>Un grand coup au c\u0153ur pour cette histoire \u00e9mouvante qui nous partage \u00ab&nbsp;la derni\u00e8re parenth\u00e8se enchant\u00e9e&nbsp;\u00bb d\u2019Yvonne, \u00ab&nbsp;prise dans le tourbillon in\u00e9luctable de la vie&nbsp;\u00bb. Un roman graphique bouleversant, savant m\u00e9lange d\u2019humour et de pudeur, entre sursaut d\u2019espoir et abn\u00e9gation, qui d\u00e9peint ces \u00eatre fragiles avec r\u00e9alisme et bienveillance.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><strong>Autrice : S\u00e9verine VIDAL<br>Dessinateur : Victor L. Pinel<br>Edition : Grand Angle, 80 pages, 17,90 euros<br>Ann\u00e9e : Janvier 2021<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis La Maison de la Plage, j\u2019attendais avec impatience la nouvelle collaboration entre S\u00e9verine Vidal et Victor L. Pinel. 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