{"id":3576,"date":"2018-01-08T00:36:36","date_gmt":"2018-01-07T23:36:36","guid":{"rendered":"http:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/?p=3576"},"modified":"2018-01-15T01:07:13","modified_gmt":"2018-01-15T00:07:13","slug":"dans-la-foret-de-hokkaido","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/2018\/01\/08\/dans-la-foret-de-hokkaido\/","title":{"rendered":"Dans la for\u00eat de Hokkaido"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_3578\" aria-describedby=\"caption-attachment-3578\" style=\"width: 204px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3578\" src=\"http:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/dans-la-foret-hokkaido-204x300.jpg\" alt=\"\" width=\"204\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/dans-la-foret-hokkaido-204x300.jpg 204w, https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/dans-la-foret-hokkaido.jpg 340w\" sizes=\"(max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3578\" class=\"wp-caption-text\">(c) EDL<\/figcaption><\/figure>\n<p>Encore un roman dont il est difficile de sortir, compl\u00e8tement, indemne&#8230; Un bon livre, par d\u00e9finition. Un roman qui vous tient en alerte tout en vous kidnappant dans son univers fantastique. Un livre qui, une fois la derni\u00e8re page tourn\u00e9e, reste ouvert dans votre esprit et continue de vous parler avec cette musique si particuli\u00e8re et envo\u00fbtante. Oui, j&rsquo;ai aim\u00e9 !<\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res lignes, le lecteur est happ\u00e9, pris \u00e0 t\u00e9moin. Une tension forte s&rsquo;installe en quelques mots et nous plonge au coeur d&rsquo;une angoisse palpable, un cauchemar qui para\u00eet tr\u00e8s r\u00e9el. Les exergues de Poe et Stephen King nous avaient pr\u00e9venus pourtant&#8230; Et d&rsquo;un coup, tous les \u00e9l\u00e9ments pour cr\u00e9er l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence sont l\u00e0 : cri de douleur, peur, terreur, impuissance, appel au secours.<\/p>\n<p>Un samedi matin, Julie se r\u00e9veille en hurlant de son r\u00eave, un r\u00eave \u00e9trange et d\u00e9chirant. Elle est un petit gar\u00e7on japonais perdu dans la for\u00eat d&rsquo;Hokkaido, volontairement et totalement abandonn\u00e9. Mais est-ce vraiment un r\u00eave ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<blockquote><p>J&rsquo;ai pouss\u00e9 un long cri,<br \/>\ntr\u00e8s long,<br \/>\nun cri terrible qui n&rsquo;en finissait plus de jaillir de ma gorge,<br \/>\nde monter de mon ventre,&nbsp;<br \/>\nde na\u00eetre de ma peur,<br \/>\nun cri qui charriait la douleur (&#8230;)<\/p><\/blockquote>\n<p>Durant tout le week-end, Julie est appel\u00e9e par son r\u00eave.&nbsp;Secr\u00e8tement et de fa\u00e7on enti\u00e8rement naturelle pour elle, elle est li\u00e9e \u00e0 ce petit poucet japonais dans cette for\u00eat effrayante, malgr\u00e9 les milliers de kilom\u00e8tres qui les s\u00e9parent. Elle est lui. Ils sont lui. Ins\u00e9parables. Le sommeil est l&rsquo;unique passerelle qui lui permet de le rejoindre, int\u00e9rieurement. L&rsquo;urgence est vitale, Julie sent qu&rsquo;elle doit, qu&rsquo;elle peut sauver cet enfant. Et son combat commence, entre r\u00e9alit\u00e9 et imaginaire, lui puisant toute son \u00e9nergie, bient\u00f4t au p\u00e9ril de sa propre vie. Dans une disparition, chaque minute compte&#8230;<\/p>\n<blockquote><p>Pourquoi je suis reli\u00e9e \u00e0 lui, j\u2019aurai le temps d\u2019y penser plus tard, il y a urgence. Si je ne fais rien il va mourir.<\/p><\/blockquote>\n<p>Outre la qualit\u00e9 de l&rsquo;intrigue et le suspens d&rsquo;une \u00e9paisseur incroyable, Eric Pessan nous offre un r\u00e9cit d&rsquo;une grande force au style \u00e9pur\u00e9, au ton juste, d&rsquo;une efficacit\u00e9 redoutable. Pas de formules gratuites, une narration haletante, aux phrases courtes et fluides. La fronti\u00e8re entre la litt\u00e9rature de jeunesse et de vieillesse vient d&rsquo;\u00e9clater encore une fois&#8230; A-t-elle jamais exist\u00e9 ?<\/p>\n<p>Les descriptions des lieux, de cette nature sauvage et inqui\u00e9tante, des \u00e9motions contradictoires de cette h\u00e9ro\u00efne malgr\u00e9 elle nous plonge dans un malaise permanent. Chaque page transpire la moiteur de cette for\u00eat \u00e9touffante, chaque page palpite au rythme des respirations des deux enfants en fusion. Refermer le livre et risquer que le coeur des personnages s&rsquo;arr\u00eate ? Impossible. Il faut tenir. Survivre avec eux.&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Le silence de la for\u00eat est un vacarme feutr\u00e9, tendu, qui na\u00eet de la joie des aigles autant que de la mastication des chenilles, du balancement des feuilles, comme de la brusque d\u00e9tente d&rsquo;un pr\u00e9dateur vers la gorge d&rsquo;une proie.<\/p><\/blockquote>\n<p>On entre tr\u00e8s vite dans la peau de la narratrice, Julie, 15 ans, \u00e9cartel\u00e9e entre son quotidien d&rsquo;ado et ce monde nocturne parall\u00e8le o\u00f9 elle doit accomplir une mission. Le myst\u00e8re de la situation, fantastique tout d&rsquo;abord, se raccroche r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des d\u00e9tails de la r\u00e9alit\u00e9, \u00e9vitant de perdre le lecteur dans une totale fiction imaginaire.&nbsp;Tout est finesse de suggestion et po\u00e9sie latente.&nbsp;\u00c0 cela s&rsquo;ajoute \u00e9galement un jeu graphique sur la composition du texte qui imprime au r\u00e9cit un rythme tout particulier, la pulsation d&rsquo;une respiration, un rythme cardiaque qui tant\u00f4t s&#8217;emballe, tant\u00f4t ralentit, toujours dangereusement.<\/p>\n<blockquote><p>Les \u00e9v\u00e9nements me prennent sur leur dos et galopent o\u00f9 bon leur semble. (&#8230;)<br \/>\nPeut-on mourir en vrai si on meurt dans ses r\u00eaves ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Enfin, le tour de force narratif r\u00e9side dans ce jeu sur le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb. Lorsque Julie devient le gar\u00e7on, dans ce r\u00eave qui parait une r\u00e9alit\u00e9 dans un autre espace-temps, le narrateur passe du <em>Je<\/em> au <em>Nous<\/em>, naturellement, organiquement. Un \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb, v\u00e9ritable s\u00e9same qui permet de naviguer d&rsquo;une rive \u00e0 l&rsquo;autre, du monde de Julie \u00e0 celui du jeune gar\u00e7on, entre r\u00eave et cauchemar, entre comas et subconscient. Comment peut-on se mettre \u00e0 la place d&rsquo;autrui ? questionne l&rsquo;auteur, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 r\u00e9sonne froidement la peur de l&rsquo;autre.<\/p>\n<blockquote><p>Je passe nos mains sur notre visage.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une histoire d&rsquo;abandon, cruelle et traumatisante.<\/p>\n<p>Dernier clin d&rsquo;oeil \u00e0 l&rsquo;univers un peu surnaturel \u00e9manant de cette for\u00eat touffue des alentours de Hokkaido, la couverture du livre m&rsquo;a tout d&rsquo;abord fait penser \u00e0 une toile moderne, une griffure verte et noire, presque animale&#8230; Et puis d&rsquo;un coup, en penchant la t\u00eate vers la droite, la for\u00eat et ses ombres inqui\u00e9tantes me sont apparues, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;elles ont d\u00fb tr\u00e8s semblablement appara\u00eetre \u00e0 cet enfant allong\u00e9 au sol, la t\u00eate pos\u00e9e sur la mousse. Cet enfant v\u00e9ritablement abandonn\u00e9 par ses parents, au Japon, pensant juste le punir quelques minutes et qui a disparu. Fait divers terrifiant r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 avec talent par un ma\u00eetre de l&rsquo;intrigue, un alchimiste subtil des mots.<\/p>\n<p>Je vais m&#8217;empresser d&rsquo;aller d\u00e9vorer ses autres ouvrages&#8230;<\/p>\n<p><strong>Auteur : Eric PESSAN<\/strong><br \/>\n<strong>Edition : <a href=\"https:\/\/www.ecoledesloisirs.fr\/livre\/foret-hokkaido\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">L&rsquo;\u00e9cole des loisirs<\/a> &#8211; Collection M\u00e9dium + 136 pages &#8211; 13 euros<\/strong><br \/>\n<strong>Ann\u00e9e : Ao\u00fbt 2017<\/strong><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p><strong>Feuilleter le livre <a href=\"https:\/\/www.ecoledesloisirs.fr\/feuilleteur\/index.php#page\/1\/mode\/1up\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">en cliquant ici<\/a><\/strong><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p><strong>Voir la vid\u00e9o de Eric PESSAN sur son ouvrage Dans la For\u00eat d&rsquo;Hokkaido :&nbsp;<\/strong><\/p>\n<div class=\"olsen-light-responsive-embed\"><iframe loading=\"lazy\" width=\"665\" height=\"374\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/fUiZEgGzLw0?feature=oembed\" frameborder=\"0\" gesture=\"media\" allow=\"encrypted-media\" allowfullscreen><\/iframe><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Du m\u00eame auteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des loisirs :&nbsp;<br \/>\n&#8211; Plus haut que les oiseaux (2012)<br \/>\n&#8211; Et les lumi\u00e8res dansaient dans le ciel (2014)<br \/>\n&#8211; Cache cache (th\u00e9atre)<br \/>\n&#8211; Aussi loin que possible (2015)<br \/>\n&#8211; Peepleboy (th\u00e9atre)<br \/>\n&#8211; La plus grande peur de ma vie (2016)<\/p>\n<p><i>&#8211; <\/i>Quelque chose de merveilleux et d&rsquo;effrayant, avec Quentin Bertoux, \u00e9ditions Thierry Magnier (2012)<\/p>\n<p>Autres romans :&nbsp;<br \/>\n&#8211; 2001&nbsp;: <i>L\u2019Effacement du monde<\/i>, La Diff\u00e9rence<br \/>\n&#8211; 2002&nbsp;: <i>Chambre avec gisant<\/i>, La Diff\u00e9rence<br \/>\n&#8211; 2004&nbsp;: <i>Les G\u00e9ocroiseurs<\/i>, La Diff\u00e9rence<br \/>\n&#8211; 2006&nbsp;: <i>Une tr\u00e8s tr\u00e8s vilaine chose<\/i>, Robert Laffont<br \/>\n&#8211; 2007&nbsp;: <i>Cela n&rsquo;arrivera jamais<\/i>, \u00c9ditions du Seuil, Fiction et Cie<br \/>\n&#8211; 2010&nbsp;: <i>Incident de personne<\/i>, Albin Michel<br \/>\n&#8211; 2013&nbsp;: <i>Muette<\/i>, Albin Michel<br \/>\n&#8211; 2015&nbsp;: <i>Le d\u00e9mon avance toujours en ligne droite<\/i>, Albin Michel<br \/>\n&#8211; 2017&nbsp;: <i>La Nuit du second tour<\/i>, Albin Michel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore un roman dont il est difficile de sortir, compl\u00e8tement, indemne&#8230; Un bon livre, par d\u00e9finition. Un roman qui vous tient en alerte tout en vous kidnappant dans son univers fantastique. Un livre qui, une fois la derni\u00e8re page tourn\u00e9e, reste ouvert dans votre esprit et continue de vous parler avec cette musique si particuli\u00e8re [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0},"categories":[206,19,61],"tags":[279,277,52,7,58,38,250,184,50,278,126],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3576"}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3576"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3576\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3595,"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3576\/revisions\/3595"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3576"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3576"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-licorne-a-lunettes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3576"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}