Figurec

Merci monsieur FabCaro d’avoir commis ce bijou déjanté dont l’univers totalement barré nous rend addicted en moins de 2 pages.

Une folie douce et férocement drôle dans laquelle plonge le narrateur de plus en plus profondément et dont on se repaît délicieusement.

Toujours plus loin dans l’ironie irrévérencieuse, toujours plus haut dans l’absurdité désopilante, aspirant le lecteur totalement accro dans une spirale infernale et extatique. « Mais non, mais il le fait ! » Et dire que j’aurai pu passer à côté de ce plaisir ? À s’acheter un radiateur pour s’y frapper la caboche de regret. Ouf ! 

À lire et à relire pour la finesse de l’écriture,  la suave impertinence d’oser proposer une aventure littéraire de cette qualité, les dialogues les plus improbables du répertoire post-moderne, des images mentales hallucinantes projetées malgré vous dans votre cerveau pur (si si).

Mais j’adore trop trop quoi ! ENCORE !

 

 
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No et moi

Encore une fois, il n’est jamais trop tard pour vivre ce type d’émotions.

Un truc étrange depuis quelques temps, l’enfance frappe à la porte de tout ce que je lis.

Pas si étrange, pas si étanche…

Sous la forme de chemin chaotique et inespéré comme la rencontre big-bang de cette fragile No et de cette incroyable Pépite, Lou, ce petit bout d’humain au grand coeur, porté par une maturité qui l’encombre parfois et lui donne cette force improbable, cet amour pur qui peut abattre les murs du silence et ouvrir le champs des possibles, parce que si on veut on peut, parce que lorsqu’on se promet d’être ensemble, on doit se battre pour cette promesse, une promesse pour la vie, pour le meilleur et pour le pire.

Après Les Loyautés (qui résonne encore par la force du propos, la finesse des sentiments retranscris, le cri d’alarme d’une adolescence qui tâtonne au point de se risquer de se brûler les ailes à tout prix), ce roman No et moi paru il y a déjà 12 ans n’a pas pris une ride. La justesse de la voix de cette jeune narratrice est troublante face au silence de sa mère, son abandon, l’urgence du coup de foudre avec No qui sombre.

Beaucoup de violence, beaucoup de tristesse, quelques éclairs de soleil qui rallume l’espoir et cette fureur de survivre qui vous emporte et vous chahute le coeur au fil des pages.

Une fillette hors norme, intellectuellement précoce, comme ils disent sans vraiment comprendre ce que cela signifie, une observatrice méticuleuse qui depuis son silence questionne la Vie, s’interroge sur ce et ceux qui l’entourent, cogite et ressent tout avec une folle et nouvelle intensité.

 
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Elma, une vie d’ours (Tome 1 et 2)

(c) L. Mazé

Depuis la sortie de Nora, je suis une grande fan du travail fabuleux de la talentueuse Léa Mazé. Les Croques Tome 1 sorti l’année dernière promet une suite passionnante, mais aujourd’hui, à l’occasion de la récente sortie du Tome 2 du dyptique Elma, une vie d’ours, je vous parle enfin de mon coup de coeur pour cette petite Elma et son gros Papa Ours.

Dès la couverture du Tome 1, l’émotion vous saisit et vous êtes entièrement captivé par cet univers chromatique si particulier. Ce n’est pas une simple couverture, c’est un tableau, énigmatique, magnétique. La construction graphique de ces deux personnages blottis l’un contre l’autre vous impose le silence et l’admiration. Un clin d’oeil à Klimt ? Quant à la couverture du Tome 2, elle reproduit, comme en miroir, la masse des deux corps pour en faire une fenêtre ouverte, plaçant le lecteur plus en retrait, en voyeur tapi dans la forêt retenant sa respiration pour ne pas alerter les deux complices.

Tout au long des deux albums, le lecteur va être bercé par ces couleurs complémentaires, ce bleu turquoise quasi mystique et cet orangé si réconfortant. Une couleur froide et une couleur chaude, le parfait équilibre, cet équilibre fragile qui semble unir ces personnages terriblement attachants…

Il y a certes deux tomes, mais il s’agit d’une seule histoire, impossible de ne pas les enchainer donc. L’histoire s’ouvre sur une forêt lumineuse, on entend au loin un dialogue entre un enfant et un adulte, le premier veut grimper aux arbres, le second l’encourage tout en le mettant en garde : l’éducation bienveillante en somme. Et dès la 3e page, le ton est donné « que ferais-je, moi, sans toi ?  » Une histoire d’amour donc, entre un père et sa fille : Elma, joyeuse, un peu sauvage et plutôt insouciante, et un Papa Ours qui l’a recueilli et élevé comme son enfant.

Or, ce père affectueux et dévoué cache un lourd secret qu’il ne peut révéler encore. Mais l’heure tourne, 7 années se sont écoulées depuis la naissance de la petite et il est désormais temps d’entamer un long voyage pour rejoindre l’autre côté de la montage. Une menace semble sourdre au coeur de la forêt, non perceptible par la gamine espiègle sous haut protectorat ursin. L’enfant au caractère bien trempé s’interroge, se révolte de devoir avancer sans comprendre, teste l’autorité parentale, boude, ronchonne mais suit toujours ce père guidé par une urgence inquiétante. 

 
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Truc de fille ou de garçon ?

(c) edl

Jouer au foot ou conduire un avion, pleurer, danser et faire des découvertes, être président de la république : tout le monde peut le faire ! Filles comme garçons ! C’est tout simple non ? 

Et bien c’est justement ce que ce livre / album / texte illustré tente de nous expliquer, très simplement, en quelques mots et quelques images acidulées qui rafraichiront très certainement les pensées. 🙂

En suivant le chemin d’Aponi et Balthazar, un frère et sa soeur, le jeune lecteur va découvrir différentes situations face auxquelles les deux petits personnages vont être confrontés au cours de leur journée.

Et à chaque fois, c’est un pied de nez aux idées reçues et autres clichés considérant que certaines activités, métiers ou passions seraient réservés soit aux filles, soit aux garçons. 

 
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L’Estrange Malaventure de Mirella

Connaissez-vous la véritable histoire du joueur de flûte de Hamelin ? Sans nul doute que non, on vous a fait croire à une fable bien fade… Or donc, méfiez-vous des contes, la vérité est bien pire…

Retour dans ce Moyen-Âge obscur et à sa langue si chantante. La fabuleuse conteuse Flore Vesco vous ouvre les portes d’Hamelin, cette fameuse et maudite petite bourgade envahie par les rats. La peste rôde…

La scène découvre une jeune porteuse d’eau de 15 ans, Mirella, une enfant perdue (mais pas au pays imaginaire), une miséreuse (plus près d’Esmeralda que de Cosette) qui a le don de voir ce que les autres ne voient pas.

Happé par le rythme effréné de ce récit haletant, entre mystère et fantasmagorie, le lecteur est envoûté par la musique des mots de Flore Vesco, une écriture qui fleure les parfums bruts de cette époque tourmentée. Entre roman initiatique et conte moderne, ce texte vous transporte littéralement au 13e siècle, en immersion totale dans une langue enchanteresse au coeur des plus sombres intrigues.

La force de cet ouvrage tient au rythme de l’intrigue, à la profusion de détails très précis sur les odeurs, les matières, les sensations, l’ambiguité des sentiments. Le choix d’un vocabulaire « version originale » participe à cette plongée fantastique dans le monde médiéval du conte, apportant toujours plus de réalisme dans la fiction. Comme dans chacun de ses romans, Flore Vesco travaille la langue au corps à corps pour en extraire la justesse de la description, jouant entre érudition et jeux de mots (ahh cette eau « courante » 🙂 ), en accordant un soin particulier, une vraie exigence à la narration : un travail d’enluminure ciselé qui fait que ce récit va vous hanter pendant un temps certain. 

 
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