L’oeil du loup

PKJ (c)
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Merci, merci et re-merci à Anne-Sophie ! Comment aurais-je pu passer à côté de ce livre. Un Petit Prince revisité, une histoire d’amitié et de confiance, unique, entre un enfant d’Afrique et un loup du Grand Nord.

C’est l’histoire d’un face à face, un jour, dans un zoo, entre deux êtres, de part et d’autre de la grille qui les sépare. Une histoire d’amitié qui naît, une confession intense dans le silence, l’un après l’autre… Quelle émotion, un vrai coup de coeur !

Un œil jaune, tout rond, avec, bien au centre, une pupille noire. Un œil qui ne cligne jamais. C’est tout à fait comme si le garçon regardait une bougie allumée dans la nuit ; il ne voit plus que cet œil : les arbres, le zoo, l’enclos, tout a disparu. Il ne reste qu’une seule chose : l’œil du loup…

Le texte est véritablement envoûtant, un rythme enveloppant, tel un conte initiatique, dû à la technique d’enchâssement choisie avec talent par Daniel Pennac. Les récits s’encastrent l’un dans l’autre. Le jeu des flashbacks ou analepses creusant au plus profond des souvenirs, comme en écho l’un de l’autre.

Dans la première partie, ce loup borgne se laisse lentement hypnotisé par le regard fixe de cet enfant muet et immobile, qui est là chaque jour, comme dans l’attente d’une conversation. Progressivement l’enfant apprivoise l’animal. Et puis un jour, l’enfant ferme un oeil et le merveilleux partage commence. Comme une « porte » qui s’ouvre, le vrai contact se fait comme par effet miroir : le loup plonge dans le regard de cet enfant et revoit – revit- son enfance, la liberté puis la captivité.

Œil dans l’œil, tous les deux. Avec le grondement de la ville en guise de silence.

Au coeur du regard qui brille, l’âme de l’animal se reflète.  Un oeil ouvert sur le coeur, où page à page, le loup se confie pas à pas, laissant l’enfant immobile entrer dans son monde intérieur. Par des mots simples, des mots forts, un poésie pure, cette petite musique intérieure s’échappe et semble ne pouvoir être écouter qu’avec le coeur… « L’essentiel est invisible pour les yeux »… Et quand il n’y en a plus qu’un seul ? Quand un seul oeil suffit pour voir l’autre…

Dans la seconde partie, l’enfant ouvre la porte sur son histoire et c’est au loup de se laisser happer par cet oeil captivant. Cet enfant abandonné,  nommé Afrique et dont le talent (convoité par tant) est de savoir conter les histoires qui font rire et rêver.

Les deux interlocuteurs sont sur un pied d’égalité. Un vent de tristesse traverse parfois la narration, un constat d’échec devant la violence et la cupidité des hommes.

Le meilleur des hommes ne vaut rien.

Deux histoires parallèles, de bonheurs et de souffrances, d’errances et d’espoirs, d’expériences de vies et de vides.

Deux histoires qui se rejoignent…

Et l’œil devient de plus en plus gros, de plus en plus rond, comme une lune rousse dans un ciel vide, avec, en son milieu, une pupille de plus en plus noire, et des petites taches de couleurs différentes qui apparaissent dans le jaune brun de l’iris, ici, une tâche bleue (bleue comme l’eau gelée sous le ciel) là, un éclair d’or, brillant comme une paillette.Mais le plus important, c’est la pupille, la pupille noire !
– Tu as voulu me regarder, eh bien regarde-moi !
… Et c’est quand tout est devenu noir, absolument noir, qu’il découvre ce que personne n’a jamais vu dans l’œil du loup : la pupille est vivante…

Auteur : Daniel PENNAC
Illustration : Catherine REISSER
Edition : Pocket Jeunesse – Nathan – 98 pages – 4, 70 euros
Année : 1984

Note : 16/20

Ecouter un extrait lu par Daniel PENNAC

 

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